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ma terre a deux lunes - livre


Lundi 30 juin 2008

 

*J'ai retrouvé le livre original du passage ci-dessous "philosophes à vendre" (un livre à 10 balles" en bouquin de poche) et je l'ai relu. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'un résumé, comme je le disais, mais plutôt d'une version, qui emprunte quelques phrases à la traduction originale, en y mêlant ce que je voulais y mêler sur le moment (et dont je me rappelle mal, ayant écrit ceci après une méga blessure, sous l'effet d'antalgiques et de morphine). Mémoire...

 

""" ‘Alu. Un petit résumé perso et ancien de la traduction d’une œuvre de Lucien qui m’est un jour passée devant les yeux, et qui à l’époque, m’avait paru manquer de rimes pauvres."""

 

Le jour choit, au marché des esclaves…

 

Zeus :              bien ! que reste-il à solder, l’heure avance !

 

Hermès :          Pyrrhon le roux –le fou ! un sceptique à tout prix.

 

L’acheteur :       que m’enseignera-t-il, ce barbu sans défense ?

 

Hermès :          il produira le doute, visant l’ataraxie…

 

L’acheteur :       hein ?

je comprends mal ceci, dis-moi philosophe,

quelles sont tes certitudes ? que rapporteras-tu ?

qu’apprendrais-je de sûr en écoutant tes strophes ?

avant de me ruiner, réponds-moi : que sais-tu ?

 

Pyrrhon :          rien !

 

L’acheteur :       que peut bien signifier cette étrange affirmation ?

 

Pyrrhon :          je dis qu’il n’existe absolument rien à mes yeux,

que je ne peux rien prouver, si c’est là ta question ?

 

L’acheteur :       je vois… tu te moques de moi ! nierais-tu, devant les dieux,

qu’envers vents et marées, ici nous existons ?

 

Pyrrhon :          j’insiste, à l’évidence, car je ne le sais pas.

qui prétend le savoir se trompe pour de bon !

 

L’acheteur :       alors tu me racontes que, vivants, toi et moi,

nous ne sommes pas ce que nous sommes ? ah ! dérision !

il me semble, philosophe, que tu perds la raison.

 

Pyrrhon :          j’ignore ce qui est vrai, aussi, sur ma balance,

je pèse le pour et le contre, mais leurs poids se compensent.

devant cet équilibre je ne jure de rien.

 

L’acheteur :       vraiment quel manque de confiance, si je te prends, demain,

que feras-tu d’utile, à mon service ?

que peut réaliser un homme, qu'autant de doutes entravent,

au point de ne connaître ni qualité ni vice ?

 

Pyrrhon :          tout ! excepté courir après tes mauvais esclaves.

 

L’acheteur :       si c'est un fugitif, il faut pourtant sévir.

 

Pyrrhon :          mais réfléchis, mon bon –je ne peux rien saisir !

 

L’acheteur :       si tu ne m’obéis pas, je devrais te punir.

 

Pyrrhon :          que pourrais-je y changer si tel est ton désir ?

 

L’acheteur :       tu me parais spécial, et lent à mettre en route,

mais tu ne boîtes pas, malgré la canne que je vois,

t’appuierais-tu dessus pour supporter tes doutes ?

crains-tu de trébucher où d’autres ont pavé la voie

d’une vérité simple qu’il te suffirait de suivre ?

 

Pyrrhon :          il existe des sentiers qui valent le détours.

 

L’acheteur :       où mène ta pensée, Pyrrhon ? vers quelle dérive ?

 

Pyrrhon :          vers l’ignorance, acheteur ! toujours entre deux chaises.

ne rien toucher, ne rien sentir, ne rien ouïr, ne rien voir…

être à la fois aveugle, muet, sourd, et très à l’aise,

qui plus est, incapable de juger ou de prévoir.

informe comme un vers, amorphe comme un loir.

 

L’acheteur :       voilà qui impose de t’acheter, combien ?

 

Hermès :          une mine suffit pour payer ce vaurien.

 

L’acheteur :       cela ne vaut pas moins, tiens ! qu’en penses-tu maintenant,

que je te possède entièrement, sans conteste ?

 

Pyrrhon :          que possèdes-tu réellement ?

 

L’acheteur :       hé ? je t’ai acheté, ta sagesse et le reste…

 

Pyrrhon :          ça reste à discuter, je suspends mon jugement.

 

 

L’acheteur :       épargne-moi ta satire ! car j’ai versé l’argent.

                        ton assurance est preste.

                        pour toi j’ai déboursé plus cher que cette veste,

qui m’a pourtant coûté les yeux de la tête -vraiment !

 

Pyrrhon :          justement ! questionne un peu ton dû ?

tes esclaves ? ta raison ? tes atomes ? ta vertu ?

crois- tu qu’ils t’appartiennent -ou les séquestres-tu ?

moi je ne peux répondre, devant tant d’inconnu.

 

L’acheteur :       suis-moi ! mon serviteur ! ta voix devient grotesque.

voudrais-tu me délester de ma propriété ?

 

Pyrrhon :          la question est posée, j’examinerai presque,

la réponse en détail, si je me permettais

d’apporter du crédit aux discours –mais qui sait ?

 

L’acheteur :       je sais qui t’a vendu ! j’ai là tous les témoins.

 

Pyrrhon :          peut-être qu’eux aussi vivent d’illusions faussées,

à regarder de près –sont-ils réels, au moins ?

 

L’acheteur :       s’il faut te décider par la méchante façon !

je t’emmène de force… tu mérites le bâton !

 

Pyrrhon :          garde-toi de juger.

 

L’acheteur :       j’ai déjà décidé !

 

Hermès :          allons, dépêchons-nous ! le jour va se coucher.

il a dûment payé, cessons de nous fâcher !

dès demain nous mettrons à la vente, aux enchères,

pour nous reposer un peu, quelques gens ordinaires.

 

Votre serviteur qui, pour tout dire, vient de rouvrir la malle aux souvenirs encombrée de bilans depuis longtemps oubliés. Ça pince… à tantôt. Filou.

 


Mardi 11 décembre 2007

Encore un extrait tiré de l'étonnante biographie d'A.Allais, par François Caradec : Quand on s'est connu l'teint vermeil, / Riant, chantant, vidant son verre, / On aim' ben un rayon d'soleil / Le jour oùs qu'on vous porte en terre.

S'il me fallait choisir un épitaphe, celui-ci ferait bien l'affaire... Votre servireur, qui aimerait vous en dire plus, mais qui, pris dans le tourbillon d'une formation sociale trépidante, n'en trouve pas vraiment le temps. J'en dirai plus, une autre fois. PS : Une petite pensée pour Mouette qui m'a écrit un commentaire encourageant, merci.


Jeudi 6 décembre 2007

Je suis en train (en fait, non : je suis bien chez moi et le paysage ne défile pas à plus de cent à l'heure, c'est juste une façon de dire ) ...  Je suis donc en train de lire l'excellent "Par les bois du Djinn" ( Parle et bois du gin ), de l'inclassable Alphonse Allais (1854-1905), inventeur bienheureux, avec son ami Charles Cros, du café lyophilisé, du néo alexandrin, de la rime complète, du sonnet holorime, de la peinture monochrome, de la poésie scientifique, et de nombreuses spécialités loufoques (qui font date). C'est très 19ième siècle, et c'est surtout très marrant. Je le conseille aux curieux ( et aux culs-rieuses - ça c'est fait...) de tous poils, et même aux imberbes. Quelques exemples, qui volent haut :

Devenu le mari d'une exécrable rosse / Il la tua dès le réveil / Au lendemain de son absurde noce / La nuit porte conseil...

Sur elle n'ayant pas d'argent l'accorte blonde / Offrit à son amant un joli coryza / La plus belle fille du monde / Ne peut donner que ce qu'elle a...

Avant de demander sa main / Il l'a baisa... près de l'oreille / Ne remet pas au lendemain / Ce que tu peux faire la veille...

ou encore, extrait du Alphonse Allais de François Caradec, aux éditions Fayard, à propos de religion ( sujet qui fâchait bien en dix huit cent et quelques ) :

II y a à peu près deux mille ans, une jeune asiatique, fort connue depuis sous le nom de vierge Marie, manifestait devant qui voulait l'entendre son goût très vif pour le célibat. Des voix, que j'ai tout lieu de croire autorisées, changèrent sa vocation. Faisant miroiter à ses yeux les intérêts supérieurs de l'humanité, ces voix suggérèrent à la jeune fille que le monde ne pouvait être sauvé que par un fils issu de ses entrailles. Marie se laissa convaincre. Elle épousa bientôt un respectueux menuisier du nom de Joseph et, l'année d'après, mettait au monde un fils. Un respectueux menuisier ai-je dit. Oui, respectueux, au delà de toute exagération. Marie était devenue mère à la suite de l'opération généralement désignée sous le nom d'opération du Saint Esprit. A la vérité, cette expérience n'était autre chose que ce que nous appelons aujourd'hui la fécondation artificielle, opération parfaitement connue des mages chaldéens de l'époque. Ce qu'il advint du bébé, vous le savez aussi bien que moi : très intelligent, fort débrouillard, excessivement calé sur une foule de sciences et, ce qui ne gâte rien, charmeur de tout premier ordre, Jésus Christ, puisqu'il faut l'appeler par son nom, sauva le monde et fonda une religion, laquelle, à l'heure où nous mettons sous presse, est encore des plus prospère...

Culotté, non ?

Et il y en a pour tous les goûts. Bonne lecture.

Allez, je me lance : "T'es con Philippe / Thé, confit, lippe." A bientôt.

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