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ma terre a deux lunes - nouvelle


Dimanche 20 septembre 2009

 

(Préface)

 

Pierre Desproges disait : « On peut rire de tout… mais pas avec n’importe qui ». Vérifions l’adage.

 

Au demeurant était l’auteur de ces lignes. Solitaire. Sensible. Désabusé. Très certainement alcoolique.

 

Un beau matin. Car les matins sont beaux.

 

Répondant aux injonctions enthousiastes de mon banquier, Jean Durivier. Trois rue des alouettes, Perpignan. Deuxième étage. Porte vingt quatre.

 

On fait moins le malin, maintenant. On téléphone après midi.

 

Je décidais. Par solidarité envers les financiers ruinés. De produire une œuvre. Académiquement littéraire. Foncièrement rémunératrice.

 

Il y a des recettes pour ça. Des tours de main. Des proses gagnantes. Qui aimantent l’attention des foules.

 

Je devais donc m’approprier un style. Me refaire une image. Et une santé. Devenir publicitaire.

 

Ayant infructueusement exercé ma plume sur les bancs de cette école, populaire en diable, qu’est la poésie française - je décidais, de prime abord, d’orienter mon écriture en direction d’un genre, apprécié du plus large public.

Le roman d’épouvante.

 

D’un revers de stylo. Je raturais cette idée fantasque. Je n’étais pas encore assez dérangé. Ne sont H.P.Lovecraft, ni Allan Poe, qui veulent.

 

Puis l’eurêka vint. La révélation.

 

J’allais m’en prendre à la connerie humaine. Pour rigoler. Camper les pires geignards, que je n’ai jamais rencontrés.

 

A commencer par moi.

 

Manquait le titre. Il s’agirait des mâles de la famille Defrance.

 

Le choix des thèmes s’imposa. Mais, je dus en éliminer certains. L’exercice consistait à ratisser ample. Sans heurter les susceptibilités de chacun. Du moins, pas toutes.

 

Le sida. Sujet scabreux. Trop contagieux. Il faut savoir passer du lubrifiant. Enfiler des gants. Avec le latex, on perd les sensations.

 

L’homosexualité. Matière sensible. Evitons de créer des ennuis avec le cercle des critiques. Ou avec les licenciés du sport de haut niveau. Le foot. Le rugby. La musculation. Bottés en touche.

 

Je réserve pour le prochain tome.

 

Non. Me suis-je, enfin, surpris à préjuger. Puisque j’ai grandi chez les pécores. Alsacos. Commençons par les néo-nazis.

 

Un prétexte subtil, pour me moquer des pédophiles. Et des étrangers.

 

Ensuite, les fanatiques. Les religieux à Dieu unique. Washington. Dubaï. Même combat. Identique punition. Le rire.

 

Quelques tacles bien placés sur la condition féminine. Façon : Femme au volant, mec au tournant.

 

La crise du libéralisme. Effet hilarant certifié.

 

Et un final en apothéose. Glissant. Comme un pet sur la toile cirée. Me payant les anomalies des handicapés mentaux.

 

En restant constamment ras du plafond. Me gardant d’élever le débat. J’avais enfin un plan. J’avais trouvé mon tube. Ma mine d’or.

 

L’humour malsain. Forcé que ça marche.

 

J’ajouterai ma pierre à l’édifice du crétinisme universel. D’ici un an ou deux. Je serai nanti. Rentier du mauvais mot.

 

Voilà. Vous êtes prévenus. Ames trop sensibles, passez votre route.

 

Ames insensibles, aussi.

 

(I)

 

(off, voix d’homme)

 

Dans lignée des descendants illustres du sexe fort de la famille Defrance, je veux le cadet.

 

(off, voix de femme)

 

Envoyez.

_______________________________________________________

 

(Un ado : cheveux longs, pilosité, jeans, rangers, fringues nazis etc.)

_______________________________________________________

 

Salut. Je m'appelle Thibaut.

 

J'suis en quatrième C. Dans la classe du professeur ARH. Notre prof' d'histoire-géo. En ce moment on apprend la guerre, de 39-45.

 

Qu'est-ce qu'on se marre, avec M'sieur ARH. Il vient du Bas-Rhin. On dit qu'il est bas du rein. Ou baryton. Qu'il barrit. Avec un  accent BitzARH.

 

Comment on Ricard sa face! Il a un gros bide. Pachyderme. Et un gros nez. Ecarlate. On dirait le drapeau des Rouges. Je vais le faire en rebus :

 

Mon premier a le profil psychologique d’une tanche. (Sot.)

 

Mon second vend des nems. (Viet.)

 

Mon dernier. C’est le bruit que vous entendez, en marchant sur une mine anti personnelle. (Tic.)

 

Mon tout a cautionné le massacre des tchétchènes.

 

(Soviétique.) On dirait le drapeau des communistes. Eux. On les aime pas. Au siège du parti. Au bistrot.

 

On préfère les alsaciens. Rapport à leur implication. Dans le projet de domination de la race aryenne.

 

Celui du livre d'histoire. Qu'il nous a photocopié, M’sieur ARH. Avec les illustrations.

 

Un truc poussiéreux. Rempli de pages jaunes. Déchirées. On jurerait un annuaire. Qui aurait passé les soixante dernières années, enterré dans un bunker.

 

Mein Kampf.

 

Vous l'imaginez, M'sieur AHR. Avec son gros cul. Déterrer des trésors de guerre. Sur les plages de Normandie.

 

Il pourrait se faire exploser. En donnant un coup de pioche sur un obus !!! Un obus!!! PAF !!! Un jour de commémoration.

 

Cent cinquante kilos de graisse. Dans une mare de choucroute. Vision d’horreur.

 

On a ri, putain ! Avec les copains de la bande. On ironise de tout. D'absolument tout.

 

Surtout des juifs et des arabes.

 

Patout, il dit toujours : Il faut rendre à César ce qui appartient à Moktar. Sa djellaba, son fusil. Et retour en Arabie. Il est con. Il en rate pas une.

 

On l'appelle Patout, parce qu'il est pas tout formé. Il lui manque des morceaux. Avec ses cheveux gras, coiffés en frange. Sa moustache. Son brassard rouge-blanc-noir.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

On saisit immédiatement l'ambiguïté du garçon. Dans le fond de ses yeux. Totalement inexpressifs. On croirait une vache, ou un taureau.

 

Meuh. Il fait. Avant de parler.

 

Dix neuf  ans. En quatrième. Largement dernier de la classe. Il est hors concours. Membre du jury. 

 

En échec, à cause de sa timidité. De ses problèmes de sexualité.

 

En fait, il est bigame. Comme la croix. Il a deux gammes de sentiments. La colère et la rage. Pas évident. Pour draguer.

 

A notre âge. Les filles. Elles s’intéressent pas encore aux vraies valeurs du IIIème Reich. Elles parlent de flirt. De bisous. De poèmes.

 

Là, mon Patout. Il ne peut pas. Il est trop boxeur. Trop impulsif. Quand on lui parle de culture, il sort son révolver. Il tire son coup.

 

Il est un peu obligé de les forcer. De temps en temps.

 

Lui, généralement. C'est plutôt l’aller-retour poignet dans les toilettes des meufs. Vite'euf. Pendant qu’on monte la garde. Avec les chiens.

 

Parfois. On lui file un coup de main. On n’est pas rat.

 

Quand on peut faire quelque chose. Précipiter la rencontre. On organise un guet à pan. On serre les rangs. Quoi. On est discipliné.

 

On raccourcit les préliminaires. Ça a déjà failli se retourner contre lui. Son tempérament psychotique.

 

L'histoire de la petite Julie, de CM2. Celle qui se faisait battre par son papa.

 

J'étais là. Quand ça s'est passé.

 

Un matin, derrière le bâtiment. Où on va fumer. En face du primaire. Elle était sur la chaussée. Je ne sais pas ce qu'elle avait. Elle pleurait.

 

Elle était toute bleue avec des tâches violettes à la place des yeux.

 

Patout, il croit que s'est une maladie. Héréditaire ou génétique. Comme le psoriasis. Transmis de père en fils. Tu ne peux rien changer.

 

T’aurais vu son frère. Comment il la maltraitait dans la cour des petits. Une future star de la violence conjugale. Précoce : quatre ans et demi. Le rognon. Mozart du chantage affectif.

 

(Quand on est bien entouré.)

 

Je comprends. Qu'il ait sauté une classe. L'enfant prodige du bourre madame. Sa maîtresse n'en pouvait plus.

 

Après son huitième renvoi de maternelle. Son vieux s'en est mêlé. Dis-donc ! On l'a plus entendue miauler pareille, l'institutrice. Elle avait du mal à articuler. Ses ratiches ne collaient plus à leurs racines.

 

Ils l'ont mis en primaire, le génie. Pour surveiller sa sœur.

 

En un mois, il avait déjà des gardes du corps. Il avait recruté un gang. En leur vendant du cannabis.

 

Il avait monté son entreprise. Il disait. Un peep-show. Au garage à vélo. Il employait la gosse.

 

Tu l'aurais entendu. A la récré. Quand il s'adressait à la greluche. Salope. T'es une pute. T'es comme ta mère. Tu mérite de te faire cogner. T'aime ça.

 

Il s'accrochait à la jambe. Il essayait de taper les seins. Comme un adulte. Tout compris.

 

La starlette. Elle avait intérêt à lui porter son sac. Et à lui préparer sa bouffe. Sinon c'était double peine. Le frangin et ses copains pervers. Le paternel en rentrant au bercail. Sur dénonciation.

 

Elle filait droite, la 'tiote.

 

Ça Patout, ça l'a ému. C'était pile la gonzesse qu'il lui fallait. Sexuellement éveillée. Soumise. Qui chiale en silence.

 

Quand elle s'est trompée de toilettes. Qu'elle est rentrée dans celle des grands. Patou, j'ai vu son sang tourner.

 

Il a gratté par terre. Avec ses chaussures paramilitaires. Il a retroussé ses manches. Soufflé. Et il l'a suivie.

 

Haut les cœurs. Je vous décris pas la boucherie. C'était peine à voir.

 

Mais c’est de sa faute, cette cruche. Elle s'est débattue. Elle a commencé à hurler. On a du étouffer l’affaire.

 

On a jeté le corps dans le jardin de sa maison.

 

Le père a été condamné. On lui devait au moins ça. Pauvrette. Vengeance post-mortem.

 

Sûr. Qu’on l'a sorti d'un mauvais pas. Patout. En restant solidaire. Soudé comme un bloc. La lutte raciale avant tout. Pas d’hésitation.

 

Mais qui pouvait le deviner ? Qu’elle était hystérique.

 

Malgré tout. Ça lui a brisé le cœur. Son premier chagrin d'amour. Celui qu'on n’oublie pas.

 

Il lui a même creusé une tombe, dans la forêt. En sa mémoire. Il dit qu'on sait jamais. Que ça peut servir un jour. Si elle ressuscitait.

 

Depuis cet incident. Il n'est plus pareil. Ce week-end, on a voulu lui changer les idées. Le divertir.

 

Comme le jour où. En sciences de la terre, avec la prof, Carla Bruni-Sarkozy.

 

On l'appelle comme ça, la vioque. Parce qu'elle est toute fripée. Elle a un œil qui regarde dans le fond l'autre. C'est une taupe-model.

 

En plus. Quand elle s'exprime, on dirait du morse. Elle fabrique des sons. Un trait long, deux traits courts. Comme les chansons de Carla. Ou de Lynda Lemay.

 

La prof. Elle voulait nous faire croire. Qu'en Hollande. Ils cultivent des tomates, sous des serres. Et de l'ail, aussi.

 

Je lui ai répondu, au tac au tac. M'dame, M'dame. Les Pays Bas, tout ça. Ils sont un peu germaniques. Ils font pousser de l'Ail Hitler !

 

On s'est fendu la poire ! C'était trop drôle.

 

Elle a fait une tronche, Carla Bruni Sarkozy. En vérité elle s'appelle Shieffenblum.

 

Elle s'est mise à larmoyer. Elle s’est cassée en claquant la porte. On n'a plus eu aucune nouvelle. Maladie longue durée.

 

Donc, samedi.  Patout, on l'a emmené, à la cité des Meringuettes. Pour plaisanter.

 

Faire du Lepen-ball avec les autochtones. Mais, ça n’a produit aucun effet.

 

C'était pourtant une idée de Pitbull.

 

Un marrant, lui. Toujours le mot pour déconner. Il a un humour. Mordant. Comme son nom. Surtout quand il accroche un bout de chair.

 

Il ne le lâche plus. Il sectionne jusqu'au bout. Huit cent kilos de pression. Entre les incisives. Les mâchoires coupantes. Comme des rasoirs Gilette.

 

La perfection au masculin.

 

C'est pas une côte d’imam. Ni une phalange de rabbin. Qui vont lui faire peur. Il est pas végétarien. Le bestiau. Il vaut mieux l’avoir en photo.

 

Le Lepen-ball ?

 

Ça consiste à chasser l'habitant. Dans son environnement. Avec des balles réelles. De calibre moyen. 357, fusil de chasse, canon scié.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

Rien de franchement méchant.

 

Ce qu'on trouve dans le commerce. Ou à l’organe du parti. Au Front National.

 

On fait un peu de bruit, c'est vrai. Mais les gens s'habituent. Il y en a même qui nous apprécient.

 

Le voisin du second. L'ancien d'Algérie. M'sieur Durangeot. Capitaine d'infanterie. Plus de  dix ans dans l'OAS. Il milite encore.

 

Un exemple. Pour nous tous. Contraint de fuir sa colonie. En 58.

 

Depuis. Il subsiste comme il peut. Dans une cité d’expatriés. D’immigrés.

 

Coincé entre une famille de togolais. Qui communique avec ses délinquants, en tapant sur des tam-tams. (Ces africains ne connaissent pas la sonnette. Ce n'est pas leur culture.

 

M’sieur M'Gono. Il s’appelle. Voyance. Détail et gros. Retour de l’être aimé. Mais lequel ? M’sieur M’Gono. Il a six épouses.

 

Quand ils se mélangent, ça peut durer toute la nuit.)

 

Et une tribu entière de moudjahidin. Des bédouins. A peine ont-ils monté leurs tentes. A l'intérieur de leurs deux pièces. Pour le confort.

 

Ah. Ils sont stricts. Avec l’éducation des enfants. Le premier en médecine. Le second avocat. La troisième en lettres. Ainsi de suite. Au chômage. Tous.

 

Ils ne s’intègrent pas.

 

M'sieur AHR a une théorie, là-dessus. Il croit que c'est du à leur couleur.

 

Il dit qu’ils devraient faire quelques efforts. Se blanchir. Changer de nom. Sinon, ils resteront sauvages. Aucun patron ne voudra d’eux.

 

Pauvre M'sieur Durangeot. Il ne pouvait plus supporter. Il ne dormait plus.

 

Cerné. Par les ahanements, lubriques, des femmes du diseur de bonne aventure. Les appels du muffin, reliés sur Al-Jazira.

 

Il nous a appelés au secours.

 

Nous. On a répondu présent. Scout toujours. On s’est exécuté. Quand on peut rendre service. A un compatriote.

 

Ni maure. Ni remord. Un pour tous. Tous pour crétin.

 

Alors, on a brûlé leurs biens. Dans le local des poubelles. En respectant les coutumes locales. Pour attirer les journalistes.

 

Les policiers aussi. Nous apprécient.

 

De manière générale. Le préfet. Le maire UMP. Les stups. Le collège. La régie des HLM. Tout le monde reconnait la légitimité de notre combat. Pour la race blanche.

 

En une après-midi. On réduit significativement le taux de criminalité. Celui du chômage. La consommation de drogue. Le décrochage scolaire. Et on libère un logement.

 

Non, mais on rigole. On s'amuse avec les résidants. Bon. A certains moments. J’ai pitié.

 

Quand on habite ces immeubles. Qu’on n’a aucune perspective d’évolution. Aucun loisir. Pas d’emploi. On ne peut pas se fondre dans la majorité. Celle de droite.

 

Quand on apprend à parler, en émettant des onomatopées. Dans un langage codé. Le rap.

 

On est forcément victime de ses origines.

 

À la dernière sortie scolaire, M'sieur ARH. Il nous a fait visiter un endroit. Pour étayer ses propos. Sur la crise des banlieues. Le zoo.

 

Confondant de réalisme.

 

Le principe ? Ils sont élevés en semi-liberté. À ciel découvert. Ça ressemble à un centre éducatif renforcé. On étudie les mêmes spécimens.

 

Les éducateurs sont aussi là. Pour la distribution du manger.

 

Qu'est-ce qu'ils ramassent, ceux-là. Ils évitent les coups toute la journée. Ils pointent avec la peur au ventre.

 

En face. Ils sont féroces. Et rusés.

 

Attention. Il s'agit de ne pas se laisser déborder. En bande. Ils sont capables du pire.

 

Un moment d'inattention. Vous êtes encerclé. C'est terminé. Ils vous font subir. Comme avec les femelles. Dans les caves.

 

Recto-verso.

 

S'ils s’en prennent à des enfants ça peut virer au pugilat. Parce qu’ils jouent avec la nourriture. Ils ne sont plus consommables après.

 

Ecoutez. Si vous comptez promener votre famille, le dimanche. Dans ces périphéries de non droit. Prenez vos précautions.

 

Certains font partie de la mouvance Al Quaida. Ce sont des kamikazes. Ils mélangent des cocktails inflammables. Pour répondre aux provocations des ambulanciers.

 

Comme leurs cousins, Les Minimoys. Avec une face toute plate. Et des yeux rétrécis.

 

Remarquez. Les parcs animaliers font des efforts croissants, pour enfermer leurs bêtes sauvages. Les budgets sont en hausse.

 

Mondialement.

 

Grillages électrifiés. Champs de mines. Forces du maintien de l’ordre.

 

A la pointe ? Dans ce domaine.

 

Les USA et Israël. Incontestablement. Ils ont vingt ans d'avance.

 

Ils construisent des murs. Infranchissables. Durables. Pour se protéger de leurs primates. Les mexicains et les palestiniens.

 

Nous. On est emmerdés. Avec la mer Méditerranée. Bâtir un mur sur l'eau. Il ne tiendra pas. Faut immerger des pièges.

 

Mesdames. Respectez au moins les consignes élémentaires de sécurité. Quand vous sortez avec les petits.

 

Consigne n°1.

 

Si vous le pouvez. Restez chez vous.

 

Si vous ne le pouvez pas. Evitez les zones à risques. Le centre social. Les commerces. Les terrains de foot. De basket. Les devantures d'escaliers.

 

Les trottoirs.

 

Faites des détours. Vérifiez qu'on ne vous suit pas. Marchez en zigzag. Ne vous retournez jamais. Ils sentent la peur.

 

Consigne n°2.

 

Fondez-vous dans la foule. N'éveillez ni le désir, ni la jalousie.

 

Une combinaison intégrale, très en vogue en ce moment, vous couvrant de la tête aux pieds, résoudra vos soucis de différenciation ethnique.

 

Avec une burka. Personne ne vous reprochera d'être française.

 

Surtout ne parlez pas. Cela vous trahirait. Pensez à couvrir les enfants.

 

Consigne n°3.

 

Armez-vous. Bombe lacrymogène. Pulvérisateur de poivre. Tazer. En magasin de farces et attrapes.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

En suivant ces conseils. A la lettre. Vous serez parées. Vous pourrez flâner sereinement. Dans n’importe quelle zup. Y compris, passé quatre heures de l'après midi.

 

A proprement parlé.

 

Si je vous cause du racisme. De l'élimination d'une partie de l'humanité. De l’affrontement des cultures.

 

C'est parce que, moi aussi. Je souffre.

 

Je suis victime de ma différence. Par la faute d’une maladie peu commune. Une dégénérescence dermatologique. Je deviens black.

 

Je m’assombris, par plaques. A terme. L’intégralité de mon enveloppe physique est menacée. Une perspective catastrophique.

 

Mon grand père endurait cette infamie.

 

Durant l'occupation. Le hasard lui fit croiser le chemin d'une personne. De couleur ébène. A cette occasion, il se fit toucher.

 

La couleur s'incrusta. Il ne pu plus l'effacer. Comme un tatouage. Une scarification rituelle.

 

Il alla jusqu’à tenter de se suicider.

 

Je suis obligé de porter les cheveux longs. Et la barbe. Pour me camoufler. En sus des vêtements adaptés. J’ai du m’acheter un kéfir. Et un jogging.

 

Au cas où. Si je devais retourner ma veste.

 

Même mes amis sont espiègles. Au collège. On me surnomme Jésus. John Lennon. Cantona. Est-ce que j'ai une tête de rastafari ?

 

Au mieux, on m'affuble d'un affectueux Chabal. CHABAL... CHABAL... Moi. Thibault Defrance.

 

J'ai peur qu'on continue par m'appeler Dieudonné.

 

Qu'on me demande mes papiers. Dans la rue. Sans raison. En me tutoyant.

 

Qu'on veuille me renvoyer au Burkina Facho.

 

 

(II)

 

(off, voix d’homme)

 

Dans l'illustre engeance mâle de la famille Defrance. Supérieure en tous points à sa représentation féminine. Je veux le père.

 

(off, voix de femme)

 

T'aurais pas changé le texte, par hasard ?

 

(off, homme)

 

Je l'ai modifié. Mais je ne l'ai pas changé. L'esprit est le même. Je l'ai seulement amélioré.

 

(off, femme)

 

Tu te fous de moi ? On devait réciter le même texte, en début de chaque scène. Déjà que je n’aimais pas trop le message.

 

(off, homme)

 

Qu'est-ce que tu lui reproches ? A ce message. Il est clair. Précis. Vendeur. Les lecteurs plébiscitent.

 

(off, femme)

 

Les lecteurs peut-être. Mais pas moi. Tu ne le trouve pas un peu raciste. Et machiste ? Ce texte.

 

(off, homme)

 

Raciste et machiste ? Je vois pas. Lumineux. Erudit. Bien écrit.

 

(off, femme)

 

Tu vas me faire le plaisir d'imaginer une autre version fissa Avant la prochaine scène.

 

(off, homme)

 

Si ça peut faire plaisir au sexe faible. Je vais le reformuler. T'es contente ? Bon, il est où ? Le père. J'ai pas que ça à faire. On m'attend au bistrot. Pour taper le carton.

 

(off, femme)

 

Avec ta bande de poivrots. Je comprends mieux la réplique. Ils doivent fuser, les commentaires. Dis-moi ? C'est ton pote Gégé qui t'a inspiré. Où c'est copine gentiane ?

 

(off, homme)

 

Je fréquente qui je veux. Maintenant, appelle-moi le père.

 

(off, femme)

 

Ça va. T’énerve pas... Envoyez.

 

_______________________________________________________

 

(La quarantaine, col blanc, croix chrétienne, costume noir)

_______________________________________________________

 

Mon fils est débile. Il n'y entend rien, à la vie d’aujourd’hui. Il est aussi con que sa mère.

 

Moi. Entre la nympho mytho, l’attardé nazi, et l’aîné trisomique. J'ai décroché la timbale. J'aurai mieux fait de me porter pâle.

 

Le gamin. Il ne comprend pas. Il n’est pas armé pour.

 

Les bras tendus, les chemises brunes. Ce n'est plus le goût du jour. Adolf ne fait plus fureur. Il ne déplace plus autant de fans.

 

Au siècle jadis. Ça payait. Le Fascisme. La fortune de la famille lui doit beaucoup.

 

Cependant. Au jour d’aujourd'hui. C'est devenu ingrat.

 

L'extermination des masses a emprunté d’autres canaux. Elle s’habille mieux. Elle a sucré son discours.

 

Avec l’essor des nouvelles technologies. Elle a conquit la planète. Et elle fait un carton. Explosif. Elle caracole en tête des hits.

 

Sur MTV. Ce qui fait bander. C’est la nouvelle économie. Les médias. La politique du one man show. Il faut savoir s’y débattre.

 

Pour faire sa place.

 

Je vais vous dire. Ce qui marche. En période de crise. Ce sont les religions.

 

La main de Dieu.

 

De Rome à Téhéran, de Houston à Zanzibar. Les gens s'arrachent les imbécilités, que profèrent des types comme moi.

 

Je suis indémodable. A la pointe du progrès.

 

Je leur fait croire l'impossible. L’utopie. L’universel. Je promets au client une vie meilleure. Où ? Je ne sais pas. Où ça lui chante.

 

Quatre mille ans d'expérience du bourrage de crâne. Excusez du minima.

 

Des guerres, en veux-tu ? Des centaines de milliers de morts. Des peuples réduits à nous manger dans la main. Le monothéisme.

 

Marque déposée.

 

Saint Vincent de Paul Incorporation. Question manipulation mentale. On maîtrise le sujet.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

Faut pas croire. C’est pas simple. Le gars, au début. Il a du mal à gober la mouche.

 

La vie éternelle. Avouez que c'est du lourd. On vend pas à la sauvette. On a des techniques.

 

Et on calcule pas les heures sup’. Y’a des VRP qui l’ont plus détendue. 

 

On peut comparer avec la pêche au gros.

 

L’appât. L’hameçon. Le fil en nylon invisible. Les gros bras planqués derrière le moulinet. Pour t’ambiancer. Quand t’es rétif.

 

Y’a carrément des pays qui élisent des présidents évangélistes.

 

Madagascar.

 

Des siècles de colonisation. D’esclavagisme. Il a fallu. Attends. Les types, qui n’ont rien à bouffer. Ils votent pour leur patrons.

 

Des témoins de Jehova. Adventistes du septième jour. Prédicateurs d’apocalypse.

 

Ils multiplient pas les pains. Mais ils savent remplir les coffres.

 

Comme disait l'autre. On doit chercher le pognon, où il se trouve. Dans les poches des pauvres. D’accord, ils n'en ont pas beaucoup, mais ils sont nombreux.

 

Notre secret ? L’organisation.

 

On coordonne l’ensemble de la chaîne de production. On valorise à tous les échelons. Et on met le paquet sur l’image.

 

Les temples. Les cathédrales. Les mosquées. Les synagogues. Où que t’ailles. On est implanté. 

 

Des boutiques visibles. Dans les beaux quartiers. La musique de chambre. L’odeur de pâtisserie. On est incontournables.

 

Nous. On a misé sur un gars.

 

Un clodo. Agrafé à une planche de bois. Excessivement maigre. La bave aux lèvres. Le genre de galérien qui inspire la compassion :

 

Pour l'identification du consommateur cible. De l’auditoire.

 

Le coco, disons. Il est financièrement raide. Sa grosse a des moustaches. Il est atteint d'une maladie incurable. La pauvreté, par exemple.

 

Il se compare plus facilement à un lépreux.

 

Notre père qui est aux cieux. Faites que je gagne au loto. Que ma femme meure avec mes enfants. Que votre nom soit sanctifié. Que votre volonté soit faite. Emballé c’est pesé.

 

Dans le domaine d’activité. On est leaders.

 

Le seul obstacle. Demeure dans la gestion du personnel. Question main d’œuvre. On est gourmands. On a recours à l’intérim.

 

On a du ordonner des prêtres de couleur. On n’avait plus le choix.

 

Sinon. On a une combine. T'as entendu parler d'Herbalife ? Si tu veux. Le système pyramidal. Le don de soi. Le prosélytisme. Ça se touche.

 

Y’a des parrains. Des filleuls. Des nièces. Des tantes.

 

La patchaque de la dette. Que les adeptes remboursent ad vitam. Comme le gogol doit couvrir les agios. Il offre de son temps. De sa force de travail.

 

Disons. Tu vas toquer chez le prolo.

 

Pas n'importe comment. Y'a des règles. Propre sur toi. Sourire en coin. Tu connais ton texte. T'as la brochure publicitaire. La photo de famille du repas d’anniversaire.

 

Un jour de Pâques.

 

Tu l'embobine avec la conception christique du foyer idéal. La pouffe au sourire Colgate. Qui le cocufie plus. Les grognards qui gémissent pas. Le toutou qui remue la queue.

 

Faut pas oublier que, le gars. Celui qu'est prêt à t'acheter l'encyclopédie de la rédemption. De l'amour d'autrui. Des petits oiseaux. Le tralala.

 

Il est certainement un peu désespéré. Il a des complications incroyables. Sinon. Il ne t'ouvre pas. Il ricane. Il t'invente une excuse.

 

On prend pas, non plus, les gens pour plus cons qu'ils ne sont.

 

On propose nos services au type qui en besoin. Le dépressif. En priorité.

 

Sa connasse le lâche pas. L’aînée enchaîne les CDD. Dans l’industrie pornographique. La pubère se drogue. Le juge a placé son dernier, qui dormait dans le placard. Son break ne démarre plus. Le bar l’a interdit d’ardoise.

 

On pose les bonnes questions.

 

Quand t'en as flairé un comme ça. Tu le lâches plus d'un centimètre. Le tour est presque joué. Tu rentres chez lui.

 

Ah oui. Tant que t’es sur le pas de la porte. Tu risques un retour de planches. Mauvais pour l’amour propre. Inutilement douloureux.

 

Bon, t'es dans la place. Tu déballes le matos promotionnel. Sur la table du salon. Tu récites ton passage. Le mongol signe le chèque.

 

Tu lui files l'autocollant. Avec le poisson. Pour décorer le camping-car.

 

Cadeau commercial. Gratuit.

 

T’admires la patte du professionnel. Le tour de passe, qui fait basculer la vente. Qui instaure la confiance.

 

Direct. Tu lui fais miroiter un poste. Au demeuré. De l’avancement. Client privilégié de la résurrection.

 

Le naïf raffole des gestes de la direction. Tu fais plaisir. Ça coûte des nèfles.

 

Après. Tu convertis Blanche neige et les sept cloques. En les frappant.

 

Le ceinturon ? Non. Le mari s'en occupe. Ou le concubin. Trop tôt, pour lui voler sa place de dominant.

 

Si tu veux participer ? T’enroules un journal. La croix. Le figaro. Penthouse. Selon le niveau culturel du bonhomme. Et tu vises les parties molles.

 

Tu la joues pas Noir Désir.

 

Carglass répare, Carglass remplace. Tartine de gel autour du point d’impact. Mais on fait pas des miracles.

 

Quand la tole est froissée. On garantit pas d’avoir la pièce, pour remplacer. Ça peut douiller sévère. Plus cher qu’un prototype neuf.

 

Sept ans de cabane. Tu perds la plus value de la transaction. Et ton bonus.

 

T’y vas mollo. T’éclates pas le pare-brise. Tu vérifies, seulement, qu'elle soit terrifiée.

 

Je le répète. Dans notre job. Le danger vient du sexe menaçant.

 

La légende de la vierge Marie. Elles n’y croient pas. La mère de Jésus. Enceinte. Par l'action du Saint Esprit. Elles ne peuvent pas.

 

La greluche. Elle s'est statistiquement faite engrosser du premier coup. Par son connard de conjoint.

 

Rajoute. Que ça n'a pas du durer plus de cinq minutes. Qu’ensuite. Elle en a pondu un. Par an. Pendant trois quart de décennie.

 

Elle n'arrive pas à avaler ces absurdités. D’immaculée conception.

 

D'ici que quelqu'un arrive à détricoter ce tissu de mensonges. Le prochain prophète sera né.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

C'est de notoriété.

 

Les livres saints ont été rédigés. A destination des hommes et des marmots.

 

Comme les femmes n'écoutent jamais rien. Elles parlent. Mais elles n'écoutent pas. On les attire autrement.

 

Avec de l’or. Des bijoux. Des promesses. Une baraque plein pied. Meublée Ikea. Une piscine. Des vacances à Palavas. Une carte de fidélité.

 

Aux galeries Lafayette.

 

N’empêche. Il y a plus rigoureux que nous. Concernant les Cendrillons. Les collègues musulmans. Ils ne font pas de cadeaux.

 

Ils les lapident sur la place du village. Ils les égorgent au stade Coubertin. Pendues sur la scène. Elles font partie du spectacle. De la belle œuvre.

 

Nous. On ne peut plus faire ça. Depuis les conventions de guerre. Vas savoir. Ça les protège partiellement.

 

On aurait pu admettre quelques dérogations. Dans le cadre privé. Des tortures domestiques. Une liste autorisée. Labélisée par l’église.

 

Au lieu de ça ? Il ne nous reste que les poings pour cogner.

 

Nous nous exprimons de cette manière. Nous. Les hommes.

 

Crochet du droit. Uppercut. Coup de boule. Nous avons conçu cette communication. Pour nous défendre des grognasses.

 

Je suis d'accord. La femme est complémentaire de l'homme.

Monsieur chasse. Madame jacasse.

 

Dieu pardonne aux pêcheurs pénitents. Que nous sommes. Et il dicte à la couveuse.

 

Sur ce point. Ils se rejoignent. Darwin et Dieu. C'est la théorie de l'évolution. La compétition. L'adaptation.

 

Les ouailles n’ont pas, toutes, la chance de naître blanches. De sexe masculin. Complètement humain.

 

Humaine ? C’est pas pareil. Juste en dessous.

 

Faut nous comprendre. Trente mille ans d'oppression matriarcale. Nous ne supportons plus.

 

Vous êtes allé traquer le gibier du précambrien ? Ça sous-entend d'être un minimum suicidaire. D'avoir les baluches rudement boursouflées.

 

Depuis la nuit des temps. Monsieur ramène la côte de mammouth.

 

Madame soigne ses blessures. Cuisine la quiche. Couche les lardons. Finit la lessive. Sert le pinard. Et viens lui faire une gâterie. C'est la nature.

 

Quand elle veut bien l'écraser cinq minutes.

 

Je suis désolé. C’est une réalité. Le jour où elles se rebiffent. On est foutu. On ne pourra pas fuir. Il n’existe pas de refuge.

 

Excepté la mort. Et l’alcoolisme.

 

Il faut, à tous prix, empêcher leur émancipation. Nous. Nous proposons le mariage.

 

Perpète. Pas de liberté conditionnelle. Du temps pour méditer.

 

Une gestation après l’autre. On alourdit la peine. Parce qu’on prohibe la contraception. Et l’avortement.

 

Comment les garderait-on auprès de nous ?

 

Il faut bien leur occuper les bras. Sans le poids des larves. Rien ne les empêche de nous quitter. Elles deviennent frivoles. Elles courent plus vite.

 

Par contre. Pas de faux départ, les mecs. L’engagement est réciproque. On ne préconise pas la rupture du lien sacré.

 

Même si tu va tremper Popaul. Hygiéniquement. Il vaut mieux ferrer la bonne. D’emblée.

 

Celle qui t’emmerdera pas, les quarante ans à venir.

 

Faut réfléchir. Avant d'agir, sur un coup de nerf. Les gars. Se détendre. Boire un verre.

 

Cinquante pour cent des premiers rapports, avec une partenaire. Durent moins de cinq minutes. Ça valait la peine de claquer deux mille balles chez Bocuse ?

 

Et l'addition. C'est dans neuf mois. La patronne ne fera pas crédit.

 

C'est dangereux. Pour les mômes, votre comportement. Ils auront une vie pourrie. Vous aussi.

 

Vous leur en voudrez. Vous insulterez la génitrice.

 

Vous la battrez pour qu'elle les garde. Dans le but de retrouver le dixième de votre liberté.

 

Dés que l'ambiance commence à s'échauffer. Que la musique est sympa. Que la tension monte. Y’en a plus un pour rattraper son colistier.

 

On dirait des flics texans. Pas de sommation. Je vide mon chargeur.

 

C'est pas un automatique, l’engin. Plutôt un pistolet du XVIIIème siècle. Pour le charger. Bonjour.

 

Faut entrer le plomb dans la gorge. Bourrer la poudre. Quand le canon est prêt. A passer la revue. Faut encore espérer, que ça ne lui pète pas au museau.

 

Sans prévenir. La mécanique peut s’enrayer.

 

D’accord. Y'a des secoueuses, qui s’en acquittent avec un certain brio. Mais pas toutes. Les péripatéticiennes. Pour parler d’elles. Le plus vieux métier du monde.

 

Ça vient du grec péri-pathos : autour des pattes. Et du latin esthéticienne. Qui signifie ticket de métro.

 

Des deuxièmes mains. Certes.

 

Parfois. On a des bonnes surprises. Avec les véhicules d'occasion.

 

Suffit que le garagiste soit perfectionniste. Il a équilibré les niveaux. Remplacé la courroie. Pas trop trafiqué le kilométrage. Passé l’aspi dans l’habitacle. C’est rôdé.

 

Ça embraye plus vite. Tu peux conduire plus nerveusement. Où j'en étais ?

 

Bon. T'es rentré chez Monsieur Con.

 

Tu lui as servi la soupe. T’as baratiné la ménagère. Maintenant. Si tu suis ma logique. T'es parrain.

 

D'un filleul. Qui fera des filleuls. Qui feront d'autres filleuls. Tu grimpes dans la hiérarchie. Pyramidal.

 

T'as ton plan de carrière.

 

Après. Tu suis des formations. Tu claques le fric qu'il te reste. Plus t’escalades. Plus t'accumules les chances de ramasser le gros lot. De rencontrer le patron. En haut de l'ascenseur social.

 

Mais y’a qu’un seul tirage. Faut pas se tromper d’étage.

 

Comment tu fais ? D'abord. Tu t’allonges dans le monte charge. En décédant. C'est pour ça. T'as qu'une occase.

 

Non. Chez nous on ne suicide pas.

 

Y'a des concurrents qui proposent le menu. Sirius. Terminus. Le temple solaire. Des originaux.

 

Mince. On n'est pas dans la guerre des étoiles.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

Maître Yoda est une marionnette animée. Luc Skywalker est un comédien. Ce sont des films de fiction. Hollywoodiens.

 

L'enfer et le paradis ? Oui. Ça ça existe. Pour de vrai. On n’a jamais été démenti. C'est prouvé.

 

Par Saint Paul. Saint Jean. Saint Thomas. Saint Glinglin. L’intégrale de nos grands scientifiques.

 

Les exégètes.

 

Exégète ? C'est quasiment chercheur. En mieux. Le chercheur se trompe.

 

Selon les siècles. Il prouvera que la terre est ronde. Qu'elle orbite autour du soleil. Qu'elle n'est pas le centre de l'univers.

 

L’embarras du chercheur. C’est qu’il doute sans cesse.

 

L'exégète ne doute pas. Il n'en a pas besoin. Il détient la vérité. Elle est révélée. Dans les pages du livre.

 

Pour lui, la terre est plate. Le soleil orbite autour. Et la femme est inférieure à l'homme.

 

La nuance entre l'enfer et le paradis? Objectivement. Une question de température.

 

Y'a un lieu tempéré. Orné avec goût.

 

La tapisserie bleue. Les nuages en coton. Les loupiotes avec des ailes dessus pour s'endormir. Côté anges ?

 

Y'a plusieurs écoles. Les collègues musulmans préfèrent les vierges. En tenue d'Eve. Epilées sous les bras.

 

Les copains juifs voudraient qu'on sépare les mâles. Des mal-baisées.

 

Chez nous. C’est open bar. On prend tout le monde. De sept à soixante dix sept ans. Après ? Non. On ne rentre plus. On n’est pas une maison de retraite.

 

On n'a pas d'aide-soignante.

 

Les fauteuils roulants. Les incontinences. Ça ne ressemble à rien. L'archange Gabriel se tapant les trois huit. Pour torcher le cul des handicapés. Ce n'est pas sérieux.

 

On a une institution respectable. A faire tourner. Merde.

 

Avant sept ans ? Ils n'ont pas d'âme. Comme ces habitants de l'île de Madagascar. Les... Lémuriens.

 

A l'opposé. Quand l'ascenseur pointe au sous-sol.

 

Ça baigne dans une lumière de bordel glauque. Les battants sont peints en rouge. Y’a pas la clim. Le type se parfume au souffre. Et il écoute du gothique, plein caisse. En picolant du sang de porc.

 

Faut aimer.

 

T’y tombes ? Quand t'as fait une grosse bêtise. Je sais pas.

 

Si tu nous a signé un chèque en blanc. Si tu nous quittes. Si tu as maltraité des enfants. Quoique là. On a du improviser une règle un peu spéciale. Une exception.

 

Rapport au fait, qu'on en avait beaucoup. Qui se sont frottés aux jeunes paroissiens. Comme les instituteurs.

Sans approuver. On relativise.

 

Toute l’année. Ils subissent les assauts des sauvageons. C'est pas facile à éduquer. Les soldats de Dieu.

 

D'autant qu'on en a besoin. En ce moment. Au rythme où on les renouvelle.

 

Ils insultent votre mère. Vous lancent n'importe quel objet contendant au visage. Des couteaux. Des godemichés. Des armoires. Sans voir le mal.

 

Lorsqu'il il y en a un de gentil. Les pères. Ils succombent à la tentation.

 

Comme tout le monde. C'est humain.

 

Donc. On a du raccourcir le délai des excuses. A un an. Procédure automatique. Informatisée.

 

Si le fauteur, repentant, a fait toutes ses prières. Le rite  habituel. Le tintouin. Jésus le pardonne.

 

Ça nous économise des frais de psychanalyse... D’escrocs.

À cinquante euros de l'heure. Deux séances par semaine. Ça flaire l’arnaque de précision. Leur truc. Ou je m’y connais pas.

 

Question d'enfumer le couillon. Ils ont des choses à nous apprendre. Les freudiens. Les lacaniens. Y’a de quoi envisager d’échanger sa cuti.

 

Je ne nie pas. Un divan coûte cher. Dans ce cas, on se débrouille.

 

On va chez Emmaüs. On vole les économies d'une personne âgée.

Comment on a manigancé ? Pour amasser tout ce qu'on possède. On a fait marcher notre imagination. Développé notre créativité.

 

Tiens. Entre nous. Le fondamental du buisines de la confession. Le classique de la profession. La martingale. Je te le donne en mille.

 

C’est la guerre de religion.

 

Le nécessiteux. Il est affolé. On le massacre. On immole ses proches. Il ne peut plus se défiler.

 

Qui ? Sinon Dieu ? Et les représentants la maison, lui tendraient la main ? Nobode.

 

Ils nous lèguent tout.

 

Les comptes en banque. Les œuvres d'art. Les bibelots. Même le matelas rempli d’oseille. Deux paters. Trois aves.

 

Ils crèvent tranquilles. Légers. Béatifiés.

 

Si y'a des survivants. Tu refuses le paquet. Parce qu’on manque de personnel. Y'a des cimetières et des orphelinats. Pour eux.

 

Ah ? It’s time. Je dois repartir taffer. Parce que j’ai deux emplois.

 

Avec la poule de luxe. Les résidus de capotes percées. La montre en titane. Le château. La Merco’s.

 

J'ai intérêt à me sortir les doigts du derche. Je te le dis. Pour faire suer l’artiche.

 

Salut.

 

(III)

 

(off, homme)

 

Dans la famille Defrance. Honteusement dirigée par la cheville de fer de Madame Jambe en l'Air. Qui se croit tout permis. Comme de détourner le fric qui devrait servir à la pension du petit Patrice. Trisomique. Pour acheter des pantalons Hermès. Et du parfum fastueux. Contraignant cet être courageux à cumuler deux emplois. Je re-veux écouter. Le détenteur immuable du pouvoir de décision hiérarchique. Et biologique. De cette famille. Le père. Pour qu'il puisse s'expliquer. Une fois pour toutes.

 

(off, femme)

 

Euh. T'as picolé ?

 

(off, homme)

 

Non. J'ai pas picolé. J'ai bu l'apéro avec les copains. C'est pas pareil.

 

(off, femme)


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

T'es bourré. Je m'en doutais. Quand tu commences à trinquer vers dix heures du matin. Je sais comment tu termines. Tu t'achemines vers quoi. Cette fois. Le cabaret ? L'hôpital ? Ah non. Laisse-moi deviner. Tu vas mater des cassettes de cul chez Gégé. Moi, je peux rentrer torcher les mièvres.

 

(off, homme)

 

Chérie. T'énerves pas. Oui. J'suis bourré. Et quoi ? Y'a pas de mal.

 

(off, femme)

 

On verra. En attendant tu vas me relire la phrase de l'auteur. Parce que tu vas finir par avoir des emmerdes.

 

(off, homme)

 

Je peux pas.

 

(off, femme)

 

Tu ne peux pas. Je voudrais bien savoir pourquoi.

 

(off, homme)

 

Parce que je l'ai perdue. Voilà. Avec Gérard. On a fait un petit tour en bagnole. Manière de s'aérer les bronches. Et on s'est fait serrer par la flicaille. C'est tout.

 

(off, femme)

 

Tu t'es fait contrôler ? Dans cet état. T'as de la chance de ne pas être en cellule. Ils ont du garder la bagnole ?

 

(off, homme)

 

Ah non. Je me suis couché sur les papelards. Mais j'ai sauvé la mécanique. Je sais leur parler. Aux ras du front. Je suis câblé. Tout en douceur. La caresse positive. Il me restait une bouteille de gnole. Derrière le fauteuil. J’ai débouché l’astuce. On a conclu le contrat. Et marre.

 

(off, femme)

 

C'est du propre. Ne me dis pas que tu as conduit dans cet état ?

 

(off, homme)

 

Poussin. Tu sais pertinemment que Gérard n'a plus de permis. On lui a retiré. Quand on l'a envoyé au zonze. A cause des trois idiots. Les cyclistes. Qui se sont jetés sous ses roues. Quatre grammes huit par litre de globules rouges. Imbattable. Le phénomène. Il en frime encore.

 

(off, femme)

 

Donc, t'as repris le volant. Au mépris de la sécurité des autres.

 

(off, homme)

 

Mais bibiche. Tu sais bien que je conduis mieux. Quand j'ai lampé un petit canon. Pour déstresser. J’affine le geste. J’optimise la trajectoire. L'assurance revient. Non. Je me suis pas laissé dégonfler. Avec Gégé. On est rentré dans le premier bistroquet. Une bouteille de blanc à huître. Cinq-six mousses et padam ! Requinqués. Un digeo. On est rentré.

 

(off, femme)

 

Résultat. T'es ivre mort. Et c'est moi qui conduirai au retour...

 

(off, homme)

 

Négatif. Trop périlleux. Suffit que je m'endorme du côté passager. Que tu ne penses pas à regarder la route. Ça t'arrive régulièrement. D'oublier de suivre les clous. On risque d'y laisser notre peau. Tous les deux. Je veux être seul, responsable de mon décès. Qu'on se le dise.

 

(off, femme)

 

Ça s’améliore. Etant donné que t’enfonces dans la galanterie. Je prendrai le bus. Par contre, tu t'occuperas des gardons. En m'attendant. Mais tu les colles pas au congélo. C'est pas des Mister Freeze. On a déjà du amputer l'annulaire de Jonathan. A cause des engelures.

 

(off, homme)

 

Excuse moi. Je ne pensais plus à lui. Je dormais. Puis tu fais chier. À la fin. Passe-moi le père.

 

(off, femme)

 

Ok on en reparle. Je te rappelle qu'il reste encore une scène. Evite de ronquer. Envoyez.

 

_______________________________________________________

 

(Le même qu'avant, avec une cravate et une veste classe)

_____________________________________________________

 

 

Mon autre mi-temps. Je suis chef d'entreprise.

 

Notez-bien. Je ne tire aucune gloire de cette distinction. La médaille du mérite. Le ruban rouge de la république. Je m’en fous. Je suis un grand patriote.

 

Oui. Un peu de fierté. De participer à la croissance de mon pays. Sur le dos des hindous.

 

Tristes portraits.

 

Ils vous dévisagent, en retenant leurs larmes. Pour économiser l’eau. Vous mendient de quoi nourrir leur fratrie. Douze bouches rachitiques. Abandonnés à leur sort. Dans les bidonvilles de Bombay.

 

C’est mon côté main sur le cœur. Philanthrope. Trop bon.

 

Tandis qu’ils viennent assembler des composants toxiques. Dans mes usines. Ils ne se prostituent plus. Ils n'ont pas le temps.

 

Ils ne vivent pas assez longtemps.

 

Des purs produits du monétarisme international. Sniff. Mes poupées à moi.

 

Je suis ? Fabriquant. Commerçant. Exécutant. Parmi tant d’autres. Defrance Armement.

 

Un savoir gardé, depuis trois générations. Trente deux délocalisations.

 

En cumulant les petits pays. Dont on ne parle pas. Où les gens ont la décence d’être exploités, dans l’indifférence générale.

 

Patrimoine national. Et familial.

Depuis la collaboration du grand père. Pendant la guerre. Un physicien hors pair. Il étudiait les atomes. Un jour il a eu l'idée d’en casser deux.

 

Il a réuni les crédits. En Espagne, en Italie, au Japon. Il a remué sa tambouille. Quand il a senti le vent tourner. Il vendu le concept aux américains.

 

Il avait du tarin. Le Papy.

 

Hiroshima. Nagasaki. Il sautait de joie devant sa radio. Quand la nouvelle est arrivée.

 

Isidore Defrance. Il criait. Il était joyeux. Isidore Defrance.

 

Des milliers vies grillées. Sur des dizaines de kilomètres. En une traînée d'allumette.

 

Plus rien. Il a succombé à une attaque cardiaque.

 

Les amerloques. Ils ont une conception différent, de la notre. Du barbecue. On sentait la friture jusqu'à Stalingrad.

 

Normal. Chez eux. Tout est fait en grand. Les choses vont plus vite. On prend l'avion. On déclenche des guerres. On organise les plus épatantes crises du capitalisme.

 

On bousille la planète. On fait ce qu'on veut. Que de l’événementiel historique.

 

1929. Le jeudi noir. Rien que le titre. T'entends les gars tomber des bureaux. Sur Wall Street.

 

Septembre 2001. Le plus gros coup de com du XXIème siècle.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

J'évoque le sujet. Fonction de mon autre gagne pain. Dans le monde des affaires. De l'esprit.

 

Ma caille ! Ça a relancé l’entreprise. On s'est goinfré. Des airbus entiers d'adhérents. Qui déboulaient dans les enseignes. Un tsunami.

 

Strike.

 

Et les décérébrés. Ils ont voté pour nous. Deux fois de suite. Yankee.

 

Quand ouvre une manne comme ça. Avec la rivalité. On trouve toujours des compromis. Ça arrange toutes les parties. On s’unit.

 

Pendant que nous. On va trifouiller dans leurs puits de pétrole. Pour soutenir l'économie de marché. Eux. Ils embauchent du kamikaze.

 

Par milliers. Net d’impôt.

 

Et la droite orthodoxe. Au milieu. Elle construit. Elle consolide les fondations. Elle répare les tours. Plâtre les murailles. Colonise la Palestine.

 

Je vais vous dire.

 

C'est pas au berceau des trois religions. Cotées en bourse. Qu'on ira les déloger. Chrétiens, ni musulmans, ni juifs.

 

La guérilla urbaine. Ils ne connaissent que ça. David terrassant Goliath.

 

Jérusalem. Ils ont épuisé les pharaons. Les romains. Les croisés. Le califat.

 

Tous les tyrans du monde ont lorgné sur la citadelle. Sauf les incas. Et leur foi reste intacte. Comme au premier jour.

 

Tsahal. Ils épouvantent les gamins du monde entier.

 

Faut pas les chauffer. Les trouffions. Ils se servent de toi comme bouclier humain.

 

Hamas ? Ils sont pas mal aussi.

 

En rugby. On dirait qu'ils ont un bon esprit. Combattif.

 

Ils s'avouent pas vaincus. Quitte à prendre une branlée en bout de match. Ils lâchent tout ce qu'ils ont dans les tripes.

 

Ils voudraient pas rétrograder. Ce serait con.

 

Ils ont leur place dans le top quatorze. Vingt ans fêtés. Depuis la première intifada. Tu sais que les gars. Ils doivent l’avoir dans les crampons. La pression.

 

Ils veulent le bouclier.

 

Côté longévité. À part les afghans. Les tibétains. Les basques. Je vois pas ? Les corses ? 

 

Dans leur situation. On se débine pas sur un échec. C'est pas sport...

 

Non. Pour en revenir au sujet. Côté organisation. Les Américains sont assurément les meilleurs. Et la crise économique de 2009 ? C’est pas la classe VIP ?

 

Les banquiers. Pas senti approcher. Pas vu. Pas pris. Mais t'as quand même mal. Dans la région du bas ventre.

 

T'as l'impression de t'être fait baiser.

 

Abracadabra.

 

Le golden boy de Citroën. Qui vend des 4x4. En pleine crise pétrolière. Ne vante l'augmentation du coût du brut. Il fourgue le DVD. Le GPS. La tablette pour poser ton gobelet.

 

Le trader. Il fait pareil.

 

Les hedge-founds. Quand il les recelait. Il oubliait bien de baver au nigaud, que c'étaient des poches d'anthrax. Prêtes à exploser.

 

Que ça allait définitivement ruiner des millions d'afro-américains. Et d'hispaniques.

 

L’encravaté. Il turbine pas dans l'immobilier. Il est dans la bulle spéculative.

 

Il se fait livrer les œufs pourris. Pas chers. Il arrose de Chanel. Du papier cadeau. Un confetti. Et il cède en l'état.

 

Sans reprise. Ni échange.

 

C'est pour ça. Qu'on les rémunère des millions. On ne leur arrive pas à la cheville.

 

J'en connais un. De ces enchanteurs. Qui ont fait le coup. Un ami d'enfance. Un frère d'arme.

 

Je l'ai vu sous la douche. Je témoigne de la virilité. Il nous l'a mis profond. Prince Charles.

 

Ils vont déguster, les déshérités. Les maladifs. Pendant les répliques. Parce qu'il y en aura. C'est une onde de choc. L'énergie doit se dissiper.

 

Les magiciens.

 

En moins de six mois. Ils ont braqué, sans se mouiller : Les misérables. Les épargnants. Les fournisseurs. Les clients. Les actionnaires. Les états. Les banques centrales.

 

Personne n'a moufté. Qu'est ce qu'on s'est marré.

 

Des gens sensés auraient dépoussiéré la guillotine. Restauré la potence. Dressé des tribunaux exceptionnels.

 

Des états généraux.

 

Là. Oualou ! Silence radar. Bravo l'artiste. Chapeau bas.

 

J'avoue. Sur le ton de la confidence. Ça ne sort pas de la pièce. Avec les gueules d’amour. On a remis ça.

 

Suite au succès du best-seller. On anticipe le second volet.

 

D'ici six mois à deux ans. Vous verrez. Remake au cinéma. Effets spéciaux. La totale.

 

Tout ce que je peux confier. Sans lâcher la mèche : On s’adresse au même public. Les souffreteux.

 

Les paresseux vont boire la tasse. On les essore. On les rate pas.

On sait faire ça. Dans la famille.

 

Au fait. Vous avez connu mon père ? Laurent Defrance.

 

Sans son abnégation. Defrance Armement, n'aurait pas résisté. Aux procès d'après guerre.

 

On vous a entretenu du gaz moutarde ? Celui qui Ahh, Ahh. Qui coupe le souffle.

 

Le daron a racheté le brevet. En 1945. A un boche.

 

Qu'il avait sauvé d'une embuscade. Tendue par tirailleur sénégalais.

 

Un animiste. Ne parlant pas notre langue. Qui lui jeta un sort vodou. Une maladie gravement invalidante.

 

Il devint Peul.

 

Il du se cacher des siens. Ça a beaucoup marqué mon fils.

 

Quel exemple d'abnégation. Mon paternel. Indémontable. Jusque sur les sentiers de l'exil.

 

Oui. Lui aussi a connu l'humiliation. Le rejet. En rejoignant le Führer à Berlin. Echappant à l'ire des forces impérialistes. Anglo-saxonnes.

 

Si je vends des armes ? Non. Je ne dirais pas ça. Certains voyous détournent le mode d'emploi. Mais ils dénoncent l’assurance.

 

En cas de dégâts collatéraux. On n’est plus responsable.

 

En stock ? De pas ordinaire ?

 

De mémoire Il doit traîner des instruments de dissuasion. Une cinquantaine de bombes H.


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

Les seules de la gamme, qui n'ont pas été officiellement testées. Sur des populations. A ce qu’on sache.

 

Actuellement. On deale essentiellement de l’artillerie d’appoint. Du chirurgical. Homologué pas la NASA. Mais, on tient le cap.

 

Moralement.

 

C'est plus aisé, de faire comprendre au téléspectateur, qu'on va opérer dans la retenue. Au laser. Des ponctions civiles quasiment négligeables.

 

Dans des agglomérations de sans papiers. De terroristes.

 

On a appris à fignoler la pub.

 

Le marketing de la dissuasion. Sans l’argumentaire de persuasion. C’est creux. Pour que le process soit efficient. Tu dois peser dans les débats.

 

Montrer les crocs. 

 

Fomenter des invasions surprises. Des guerres éclair. À la faux-cul.

 

Régulièrement. Tu balances le fond des cuves. Sur le voisin. Avant que la came soit périmée. Tu vides la réserve.

 

Tu braques les caméras du monde entier, sur les boutons d'acné d'un dictateur. Le pecum visualise. Il comprend qui est le maître.

 

Nous. On localise le cancer. À trente bornes. A la ronde. On désinfecte le périmètre. On fait les points suture. Puis on se casse.

 

Mais, les gens sont contents. Quand on s'en va.

 

Ils dressent les nappes. Rallument les bougies. Ils se sentent impliqués. Dans la reconstruction.

 

On a fait place propre. Pulvérisé les hôpitaux. Anéanti l’infrastructure. On peut les autoriser à s'entretuer un petit peu. A régler les désaccords de cadastre. En famille.

 

On a fait notre possible.

 

Hein ? Vingt deux heures ? Crotte. J'ai oublié de chercher Patrice à l'institut pédagogique.

 

 (IV)

 

(off, homme)

 

... ... ... ... ... ... .... ... ....

 

(off, femme)

 

Tap.Tap.Tap.

 

(off, homme)

 

rrr...rrr...rrr...rrr...rrr...rrr

 

(off, femme)

 

Debout. Feignant.

 

(off, homme)

 

Putain. Ça va. Crie pas. J'avais les écouteurs au fond des pavillons. Tu m'as fait mal. Oh...Toi. T'as un truc dont tu veux me parler ? Je me trompe ?

 

(off, femme)

 

Ça fait un quart d'heure que je te parle. En t'écoutant ronfler.

 

(off, homme)

 

Je ne ronfle pas. Je t'écoute. Je ne réponds pas. Simplement. Tu ne devineras jamais. De quoi je viens de rêver. Tu te souviens de Dominique ? La jeunesse qui gardait le grand. Quand on partait faire des galipettes. Qu'on s'aimait bien.

 

(off, femme)

 

L'époque où persistait du désir ? Palpable ? Je m'en rappelle.

 

(off, homme)

 

Te moque pas de moi. Tu ne ressens pas ce que je ressens. Tu ignores les épreuves terribles. Que je traverse.

 

(off, femme)

 

Quinze ans. Que tu les traverses. Sans ramener la médaille. T'as du repérer tous les sentiers. Et les tavernes.

 

(off, homme)

 

C'est ce que je disais. Tu ne peux pas me comprendre. Tu es infoutu capable de ressentir un sentiment. Le portrait de ta mère. Froide. Distance. Amère. Un cœur de pierre. J'ai envie de te cracher dessus.

 

(off, femme)

 

Essaye. J’ai pas peur. Et si tu veux partager tes rêves. T'as qu'à les débiter fins. On a du boulot.

 

(off, homme)

 

Tu ne te douteras pas. Domi et Bibi. La pisseuse et moi. On était en train de s'envoyer. D'une puissance. Vlan. Je m'aperçois qu'il y a quelque chose qui cloche. Elle avait une tête affreuse. Domi. Tu te rappelles ? Mais, je ne m'étais jamais aperçu qu'elle était aussi rembourrée. Elle avait des ces jantes. Tu me suis ?

 

(off, femme)

 

Ah. Ouais.... Je commence à saisir. Le Marquis de Sade se réveille.

 

(off, homme)

 

Tu ne crois pas si bien dire. Ecoute. Mon subconscient avait remplacé sa face hideuse. Par la tienne. Le mix des deux. Les hanches de la pucelle. Avec ton joli sourire. Ça m'a rempli de sève. Je crois que ce soir. C'est pas la casserole de tous les jours, qu'on va remplir de haricots. Je suis en forme.

 

(off, femme)

 

Bien. Tu te la carres derrière l'oreille. Tu sors les doigts de ton slip. Et tu fais profil bas. Parce que je rentre en bus. T'a encore trois grammes de prune dans le sang. Sans peser le reste. En prime. L'auteur à téléphoné. Il laissé son paraplégique à l'asile. Je vais devoir le chercher. C'est sur mon chemin.

 

(off, homme)

 

Trisomique.

 

(off, femme)

 

Ouais. Il n’est pas, non plus, très latéralisé.

 

(off, homme)

 

Poussine. L'auteur. Tu peux lui poser un lapin. Un jour par semaine. Son gondolé. Qu'il soit chez-lui, ou dehors. Allongé dans la neige. Il n'intellectualise pas la différence. Il n'est pas fait comme nous. Il ne ressent pas.

 

(off, femme)

 

Je te signale, que c'est grâce à l'auteur. Que tu es là.

 

(off, homme)

 

Grâce à lui ? Il en a d'autres en espèce ? Je n'ai jamais demandé à être dans son livre. Moi. Ça ne me concerne pas. Il nuit à mon image. Nous disputer. Devant des lecteurs.

 

(off, femme)


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

 

J'ai pas entendu la même version. Quand il t'a proposé la place. Et gnagnagna. C'est sympa de ta part. Mais tu comprends. Je ne peux pas me séparer de ma moitié. Faudrait qu'elle m'accompagne. Patata. Faudra la gratifier…. Au final. T'a une ligne à répéter. Quatre fois d'affilée. Et t'a pas essayé de la mémoriser. J'ai tiré le gros lot. T'es vraiment le plus demeuré des Defrance. Cousin lointain. Tellement lointain, que t'as pas hérité d'un bouton de manche. Non. Mais t'as raison. T'as toujours raison. Je suis une conne.

 

(off, homme)

 

Poupette. Te colère pas autant. T'emporte pas. Comme le vent.

 

(off, femme)

 

Ne deviens pas sarcastique. Je te vois venir. S’il ne te plais pas. Ce boulot. Pourquoi tu ne vas pas postuler au Mac Do ? Déploie tes ailes. Mets tes menaces à exécution.

 

(off, homme)

 

Choupette. Mais le Mac Do… Je n'y irai pas. Car c'est un boulot de merde… Je vois très bien ce qui te dérange. Dans notre conversation. Je t'ai ouvert mon intimité. Je t'ai ouvert mon cœur. Et tu ne le conçois pas. Tu n'as tout bonnement pas atteint cet état de conscience. Cette ivresse de la parole. Cette liberté de tout mettre en mot. Sans barrière. Qui caractérise l'être sensible. Que je suis devenu. Mais je saurai t'attendre.

 

(off, femme)

 

Vous n'auriez pas fumé de l’herbe. Avec ton pote Gégé ? Il a des plantations. Chez sa mère ?

 

(off, homme)

 

Fumer ? Non. J'ai arrêté. Il y a… Il y a…. C'est tellement enfoui, que la date m'échappe. J'étais jeune. Je te jure. Mamourette. Pour une fois que je me sens. Revigoré. Transporté.

 

 

(off, femme)

 

Bon. Au bénéfice du doute. Je demande à voir. T'attendras juste que j'ai bordé l'attardé. Chez son auteur de père. Dans une heure. Ou deux.

 

(off, homme)

 

On ne peut jamais parler avec toi. Tu ne veux pas écouter. C'est un dialogue de sourd. Et bien casse toi. Dégage. Retourne chez la belle-doche. Avec quatre cent euros de RMI. Les trois couillons. Les chats de la mourante. Son cancer de la prostate. Ça va pas être cocasse au quotidien. Dans le studio-bis. J'espère qu'elle a réparé la télé. La dernière fois. Heureusement que je sais régler une antenne. On aurait raté le foot. Ouais. Tu vas le regretter. L’âtre conjugal. Compte pas sur moi quand tu reviendras. Tout ce que je consentirai de faire. Je le ferai pour mes chiards. Toi. T'auras rien.

 

(off, femme)

 

T'es vraiment qu'un parasite. Je me barre. Adieu. Boursouflure de ton égo.

 

(off, homme)

 

Parasite ? Je me lave moi. En tout cas. Je vous le dit. Y'a de l'orage dans l'air. C'est la pleine lune. Où elle a bientôt ses ragnagnas. Je vais me faire discret. Lui cueillir des fleurs. Laisser couler l'eau. Sous le pont de l’Alma. Elle va m'effacer de sa mémoire. Immédiate. Je remettrais le fantasme sur le tapis. Quand elle sera plus disposée. Envoyez.

 

_______________________________________________________

 

(Off, voix de femme, en vraie sur scène. Et Patrice, débardeur, qui a froid)

_______________________________________________________

 

Patrice :

 

Mon papa. Il a dit. Mon papa. Ce matin. Qu'il viendra me chercher. Non. Je mens pas. Il a dit ce matin. Mon papa. Il a dit. Mon papa...

 

Off :

 

Où il est. Bon dieu ? Patrice.

 

Patrice :

 

C'est pas mon papa. Je veux pas répondre. Mon papa. Il a dit. Je dois pas répondre. Aux étrangers. C’est caca. Mon papa. Il a dit. Mon papa...

 

Off :

 

Patrice ? Mince. Il gèle ici. Tu dois être mort de froid. Où t'es.

 

Patrice :

 

Je connais cette voix. C'est pas l'éducatrice. Je dois pas répondre. Il a dit. L'éducatrice. Elle est gentille. Elle est bonne. Ce matin. Mon papa. Il a dit. Mon papa...

 

Off :

 

Ah ? T'es là. Sous l’arbre. Sans ta veste. Tu va attraper mal.

 

Off :

 

Tata ? Où il est. Mon papa. Où il est. Il est gentil. Où elle est l'éducatrice ? Elle est gentille. Elle est chaude comme une baraque à frites. Il a dit. Mon papa. Tu es pas une étrangère. Mais tu es méchante. Mon papa. Il a dit...

 

Off :

 

Répète pas n'importe quoi.

 

Patrice :

 

N'importe quoi. Ah. Ah. Ah. Moi je rigole. Ah. Ah. Ah.

 

Off :

 

Tu vois ? Ça fait plaisir. De te voir sourire. Enfile ton pull.

 

Patrice :

 

Non. Je veux pas. Pas de Pull. Pas de pull. Caca.

 

Off :

 

C'est pas caca. C'est pour te réchauffer. Patrice. Pourquoi tu ne veux pas l'enfiler ?

 

Patrice :

 

Il est froid. J'ai froid. Gnnnzz....

 

Off :

 

Calme-toi, Patrice. Il est froid et on va le rendre chaud. En le frottant. Tu vas frotter avec moi ?

 

Patrice :

 

Ah. Ah. Ah. Ah. Je me frotte. Avec toi. Ah. Ah. Ah. Ah. Tu es gentille. Je mens pas. Je t'aime. Beaucoup. Tata. Comme mon Papa. Je l'aime. Pourquoi il est pas là ? Mon Papa. Je voudrais qu'il est là. Pourquoi il est pas là ? Mon tonton. Aussi. Je voudrais qu'il est là. Il est gentil. Mon tonton.

 

Off :

 

Qu'est-ce que tu veux. Ils sont très occupés

 

Patrice :

 

« Pré-occupés ? »

 

Off :

 

C'est un peu vrai. On est pas faits pour vivre ensemble. Voilà. Le pull est mis. C'est des mecs. Ils sont complets. Même quand la salle est vide. Dans leurs têtes. Il jouent à guichet comble.

 

Patrice :


Dimanche 20 septembre 2009
[ (…) ]

« Aguichée ? Comblée ? » Ah. Ah. Ah. Ah. T'es drôle. Tata. L'éducatrice. Elle me plaît. Je voudrais bien l’aguicher-combler. Ah. Ah. Ah. Ah. Elle m'a offert un cadeau. Elle est gentille. Papa. Il ment pas. Papa. Tu vas m'offrir un cadeau?

 

Off :

 

Presque. Prend-moi la main. On va marcher. Je vais t'apprendre une poésie.

 

Patrice et off :

 

Si tu as la connerie

si tu ris quand tu t’endors

bois de la soupe au curry

de la sauce au roquefort

 

si, idiot, tu restes, encore

(malgré ce régime là)

mets du piment très, très, fort

dans tes crêpes au chocolat

 

et si tu as la folie

comme un grain de cardamome

mets des fleurs de pissenlit

dans ton yaourt à la pomme

 

si tu as le rire au bord

des lèvres, et la cochonnerie

fais des folies de ton corps

mets du jambon dans ton lit

 

mets du vivre dans ta vie

si tu as le métissage

si tu as un peu l’envie

c’est aujourd’hui mon message

 

_______________________________________________________

 

Rideau.

_______________________________________________________

 

 

(Remerciements)

 

Je m’auto-remercie. Car je n’ai plus d’ami(es). Je remercie ma maman. Qui ne doit pas lire cet ouvrage. Et je remercie mon papa. Qui s’en remettra. Je remercie ma petite sœur. Qui comprendra. Et mon frère. En m’excusant de lui avoir donné une baffe. Quand on était petit. Je remercie ma grand-mère. Qui sera fière de moi. Mon grand père. Qui soulignera quelques écarts grammaticaux. Thierry, mon pote. Qui me doit une bière. Gilles, Denis, Claude,et Barthez, qui sont mes puits, incommensurables, d’inspiration de mauvaise foi. Enfin, Claudine, Serge, Marianne et Jacquot. Qui auront la primeur de la lecture. Et qui ne m’en voudront pas ? J’espère. Enfin, je remercie la censure. Qui n’existe pas sur internet.

 

Hadopi, mon cul.

 

NA : D’accord, la poésie est une redite, publiée ici le 04/03/2008, mais je la trouve à propos.

 


Lundi 10 novembre 2008

Dix bonnes raisons de ne jamais croire un hippie.

1/ D’abord, et essentiellement, parce que le hippie n’y comprend rien au punk. Le hippie veut changer la société, sans s'impliquer. Le punk aussi d’ailleurs, et c’est pas une raison... No future, les Sex Pistols, la Reine d’Angleterre, les prolos, le hippie n’en a cure. Le punk non plus d’ailleurs, mais ne mélangeons pas.

 

2/ Le hippie n’est ni un hardos, ni un goth.

 

D’un naturel moins combattif, négatif ou violent - et peut-être parce qu’il n’aime pas le noir - le hippie est gêné quand le discours porte sur l’exhumation des morts, le dernier album de Napalm Death ou la suprématie des buveurs de Picon-bière sur le restant de l’humanité. Il partage toutefois certaines habitudes d’existence avec ces maniaques du Mad Max et du Hells Angel - comme l’usage immodéré de stupéfiants, les cheveux qui peignent la moquette, l’obligation de fuir quand un flic demande ses papiers – ou quand un rassemblement de jeunes à tendances antisociales commence à traiter sa reum. Celui-ci préfère, de toute évidence, le calme et la sérénité du dernier tube de Ravi Shankar, un joint, une bière et au lit. A la dure quoi…

 

3/ L'analogie le prouve : le hippie n’est pas révolutionnaire,ni adepte de contestation, d’ésotérisme ou de double Ricard. Tout au plus agite t-il ses dreads pouilleuses à la face de l’ordre établit, en lui tapant « une clope ou une feuille, man, ça peut toujours servir. Euh… t’as pas du… grand format ? ». Contrairement aux punks, aux hardos et aux goths, qui eux, conservent toute notre estime.*

 

*NA : L’auteur aimerait fréquenter moins d’anarchistes, afin de se sentir plus libre de donner son avis…

 

4/ Le hippie dénote en soirée.

 

Il n’a pas de style. Sapé dans l’armoire de ses grands parents ou à Emmaüs, le hippie se complet de velours verts et bruns, de chemises faites main par une communauté Sioux établie dans le Cantal et d’accessoires revendiquant ostensiblement son pacifisme obsessionnel : Collier Mercedes, piercing de l’illumination tantrique 24 carats, pins du Che en ambre jaune, emblème de Kurt Cobain agonisant près d’une seringue (parce que, il faut pas déconner, le hippie est capable de reconnaitre le talent quand il est dénué d’arrière pensée…).

 

Le hippie superpose des couches de fibres informes qui le grattent comme du poil urticant - et d’origines certifiées pour retenir l’odeur de la pipe, le doux fumet du compost d’ortie et la transpiration de ses bras. Ce qui, à contrario, le rend parfois attachant ou pitoyable.

 

5/ Il plombe l’ambiance : « Chakras, haschisch, musique de foncedé, trucs d’artisan bio : le gars qui te fait l’effet d’un spot sur les dangers de l’alcool et de la drogue ensemble. En direct «  ouais… ouais, les jardins de Babylone, ouais… Ils étaient perchés, ouais… Toi t’es pas redescendu… C’était quand ta dernière prise ?... Elle s’est pas effondrée la tour de machin ?... Les mecs, on pourrait pas le pendre, juste une fois ?... Quelqu’un lui a dit qu’on a fait du punch, là, ou il va me gaver toute la nuit ?… ouais… ouais… Les civilisations précolombiennes… blabla…».

 

6/ Le hippie a des croyances et des raisonnements débiles.

 

Tout y passe dans le désordre ! La lumière au bout du couloir. La mémoire de l’eau. Le tissage des laines de yack en Mongolie mineure. L’agriculture en appartement « qui sans me vanter, avec le savoir que l’observation m’a permis d’entrevoir, peut donner des résultats tout à fait… rentables… parfaitement, et naturels ! » Même quand tu remets son bordel en ordre, ça devient dur de te balancer sur du funk tranquille, dans un environnement « bon flow, bonne vibe » sans avoir envie de lui décoller « un coup dans ses b…… à ce bouseux avec ses sandales en cuir, son pain sec de merde et son lait crû du Larzac ! Laissez-moi… faut pas pousser … il gonfle tout le monde… je vais me le faire !».

 

(En plus, quand il est subsaharien, le hippie devient rasta, et là… Je passe)

 

Au fait, évitez les toasts au pâté, et les Mac Do. L’emmerdeur étant végétarien, il ne mange pas de sang ni d’OGM. Quoi ? C’est vachement marrant les OGM. L’autre jour j’ai fait un milkshake avec une fraise grosse comme une pomme. Et bleue. Et avec du saké transgénique phosphorescent et du caillé de chauve-souris mutante. C’était cool… **

 

**NA NA : José Bové, sors de ce corps !

 

7/ Le hippie est amour. Tout amour. Mais attention : pas le même que nous ! L’amour de Tout. L’amour du Tout ! Vous saisissez la beauté de l’exercice ? Moi non plus. N’empêche, j’ai une copine qui est sortie avec un hippie. Plutôt, elle est « entrée en amour ». Puis elle est ressortie en larmes. Bon elle était naïve, sans expérience, pucelle… Mais y’a pas qu'elle : imaginez toutes ces naïades et ces nymphettes innocentes, dont la quête du romantisme seventies s’arrêta ou commença celle du hippie « Moi ? Me marier ? Dans une grotte ? A poil ? En gobant des extas comme des hosties ? Avec des bagues en bois tressé ? A Goa ? Mais t’es malade ? ».

 

8/ Le hippie s’épanouit loin de la civilisation.

 

Vernissages, buffets libres, bars à putes, parcs publics, le hippie des villes nous renseigne peu sur son habitat premier. Et pour cause. C’est à la campagne qu’il nous faut chercher les reliques de cette euphorisante et pourtant fragile évolution des mœurs, que prônait le hippie dans sa brillante jeunesse : Lueur mystique, sexualité libre, débauche des sens, L.S.D : Lobotomie, Schizophrénie, Dépression. De l’espoir au slogan, du verbe à l’union, de la communauté de bien au divorce. Quand il n’y avait qu’un pas…***

 

***… Quand il n’y avait qu’un pas, qu’un seul chant, qu’une seule montagne, qu’un rocher et un buisson ardent… Non, ça c’était Moise - autant pour moi.

 

9/ Lorsqu’il fume de la merde, le hippie engraisse un mafieux qui fut hippie avant lui. Avant que ses dents ne moisissent et que ses longs cheveux ne tombent. Et qui, par un sens inné du buisines (ou pour se payer les soins d’un chirurgien - ou pour remplir la piscine à mémé) sut flairer l’opportunité d’être le héraut d'une avant garde contre-culturelle à forte valeur ajoutée. Quitte à devoir faire la sortie des écoles.

 

Le rythme effréné de renouvellement des leaders de ce milieu décadant, la mortalité précoce, les internements psychiatriques nombreux et malchanceux, ont encouragé le hippie à recourir à des techniques d’empowerment et de management modernes, orientées vers l’avenir. Et oui, c’est triste. Mais comment ferait-on sans lui, pour fabriquer des usines en Chine ou en Roumanie ? Et pour donner du travail à toutes ces petites mains oubliées du capitalisme ?****

 

****NA NA NA : C’est mon seul argument de poids !

 

10/ Enfin, comme nous l’avons évoqué, le hippie vieillit mal.

 

Sont-ce les promenades bucoliques au bord des champs verdoyants du Rif, les galéjades entre amis pendant les ablutions rituelles du Gange, les pérégrinations, pieds nus, le long des frontières afghanes escarpées ? Le Vietnam ? En tout cas : devenir hippie, ça pardonne pas ! Les partouzes, les voyages, les drogues : ça abîme ! Ça attaque d’emblée les neurones, on le savait. Puis ça s’en prend au corps. On maigrit, on grossit. Selon qu’on est en pré ou en post cure. On devient con et maniaque, mais ça c’est normal, c’est l’âge. Ça nous menace tous. Et c’est justement là que, comme chez tout le monde, c'était pas prévu - ça poigne ce qu’on a de plus cher : ses sous. Autant dire sa conscience.

 

Dés cet instant le hippie devient yuppie. Et il vote décomplexé pour des gens qui, sans les citer, trouvent que ça sent mauvais chez les pauvres, que les banlieues ça pue, que les impôts ça craint - et que les autres ils ont qu’à fermer leurs gueules de misérables.  C’est pourquoi, et pour en revenir au titre de cet album punk indémodable des années 70… Never trust a hippie !******

 

*****Note de mon avocat : Evidemment, tout ce qui précède est une blague

 

Pour Inter Note, salut. Filou.

 

PS : J’en profite pour faire la promotion de ma future parution « Le crépuscule des sorcières » qui, si tout se passe bien, sortira dès le siècle prochain aux Editions de l’Age d’Or « qu’est mort, mais qui reviendra encore, si on y pense très fort » (proverbe genevois).

 

 


Dimanche 17 février 2008

 

extrait traduit du grand livre des civilisations Ad-Hoc, ouvrage de référence pour quiconque.

 

1) Les Ad-Hoc.

 

Comme chacun sait, les Ad-Hoc étaient fascinés par les machines que leurs savants élaboraient, déployant d’insoupçonnables ressorts de créativité,  pour « le bien être de la société » (Car, si l’on s’en référait aux théories Ad-Hoc, le « bien être de la société » était assuré par la frénésie des investissements, qu’engendrait une croissance matérielle continue, qui employait et rémunérait les forces productives de la civilisation, et gageait de la capacité de chacun à consommer, en quantités requises, des nouveaux objets qu’étaient capables de produire des nouvelles machines, que les ingénieurs Ad-Hoc amélioraient sans cesse).

Ils construisaient, nos Ad-Hoc, depuis la nuit des temps, des machines de toutes les sortes, et de toutes les tailles, pour tous les usages répertoriés. Ils en construisaient d’immenses, qu’ils employaient à la réalisation d’ouvrages immenses. Ils en faisaient des moyennes, pour des usages moyens. Et aussi des plus petites, pour des usages plus petits - comme pour calculer des inéquations - ou pour coller des timbres - ou pour communiquer entre eux, à l’aide d’appareils miniaturisés, munis de touches étroites, qu’ils devaient retaper plusieurs fois, en raison de la grosseur exagérée de leurs doigts. Ils fabriquaient aussi des machines si minuscules qu’une puce, à côté d’elles, se serait trouvée géante. Et ils découvraient continuellement de nouveaux usages aux nouvelles machines qu’ils créaient. Ils poussaient cette implacable logique jusqu’à fabriquer des machines à fabriquer des machines, et des machines à fabriquer des machines qui fabriquaient des machines. Bref, de quoi occuper tout le monde, ou presque.

Je dis presque, parce qu’il était admis, dans les milieux bien-pensants Ad-Hoc, qu’un certain taux d’inactivité, de « chômage » comme ils l’appelaient, ne pouvait pas faire de mal à la société, et que, au contraire, cela fournissait à tout patron conscient de son rôle d’entrepreneur du monde libre, une main d’œuvre à pas cher, et que, en plus, ça donnait aux autres l’envie de travailler, pour pouvoir se moquer de ceux qu’ils qualifiaient de « chômeurs » (NA -d’accord, le mot n’est pas beau, mais c’est pas moi qui l’ai inventé).

(NA-NA – il est intéressant de rappeler que, pour assurer la cohérence de ce fonctionnement sociologique complexe, il s’avérait nécessaire d’y greffer une caste de « sous-chômeurs », qui avait pour mission de faire peur à tout le monde, pour que chacun trouve un avantage à rester à sa place. Ils se nommaient les « saints capables » ou les « sales coliques » selon la préférence étymologique de chacun, et touchaient « la location de Rémi », qui faisait travailler beaucoup de monde dans les domaines de l’administration, de la santé, et dans les organismes de gestion des dettes. Ils étaient rémunérés - très peu- en l’échange de leur silence, à propos de la supercherie.)

 

2) Le Professeur Meinelieben Applepie.

 

Un jour qu’il travaillait à l’élaboration d’une nouvelle machine, dont il n’avait pas encore établi l’usage définitif, l’éminent docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, le professeur Meinelieben Applepie, dérobé du regard cupide des traîtres Crad-Hoc (…vous ai-je parlé des Crad-Hoc ? Ce peuple sale et demeuré qui vivait en dehors des frontières Ad-Hoc, et qui lui envoyait ses pauvres, pour voler le travail des honnêtes gens, dévoyer les bonnes mœurs, et espionner les connaissances, sans verser un iota de dividende au titre des droits de la propriété ?…non ?) Donc, notre éminent docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, le professeur Meinelieben Applepie, issu d’une génération de chercheurs calés sur tout (comme on n’en fait plus) inventa, un soir, par un hasard essentiellement fortuit, tenez-vous bien, une machine à transformer le Rien en quelque chose ! Quelque chose de solide, de consistant, de palpable, et même, de plutôt bon.

L’anecdote raconte que le génial professeur Meinelieben Applepie, ce soir là (n’ayant décidément pas apprécié la valeur de sa découverte ô combien historique - et parce qu’il était gêné par une indigestion d’huîtres ingurgitées vivantes, à l’occasion de l’anniversaire d’un collègue un peu moins éminent mais également savant, bien qu’étranger, le professeur Mac Elbelhom), alla tout bonnement se coucher, non sans avoir pris soin de transformer un peu de Rien en tisane dépurative, afin de digérer ces satanés mollusques. Il fallu attendre son réveil pour que notre professeur ait la révélation des prouesses technologiques dont sa machine était capable. Machine qui, n’en doutons pas, allait bientôt révolutionner les modes de vies des administrés Ad-Hoc.

En effet, le lendemain, n’ayant plus rien à se mettre sous la dent, il vint au cerveau surdéveloppé de notre éminence grise, taraudé par une douleur intestinale persistante, l’idée extraordinaire de prendre un peu de Rien et de le transformer en vin blanc, manière de s’attaquer au mal, par le mal ! Sitôt dit, sitôt fait : c’en était assez de démonstration pour justement (- et non sans tort) qualifier cette particulière mécanique d’invention du siècle ! Je vous laisse imaginer les applications multiples que nous ferions d’une pareille technologie, si nous la découvrions. On pourrait, par exemple, transformer du Rien en croissant à la cannelle, du Rien en salade - en poulet frite, en gâteau, en tout…

Très vite les publicités, les publications scientifiques, les journaux télévisés du vingt heures Ad-Hoc, firent grand bruit de l’invention du professeur, vantant les mérites de cette nouvelle nourriture providentielle, abondante, qui ne coûtait presque rien à produire, qui rapportait déjà beaucoup, et qui reléguerait les famines, et les autres calamités, au souvenir des anciens. Cette opinion était largement répandue au sein des milieux bien pensants de la société Ad-Hoc (milieux habituellement occupés à parfaire leur capacité discursive, devant un merveilleux verre de vin, crû bourgeois, en fumant un cigare) et dans leurs magazines de vulgarisation, déstinés au grand public.

 

3) Les empêcheurs de tourner en rond.

 

Les Ad-Hoc, suite à cette bouleversante découverte, se mirent, en très peu de temps, à réorganiser leur vie autour de ce Rien si providentiel, chamboulant au passage leurs habitudes nutritives. Cela devint si facile de transformer du Rien en quelque chose, qu’on eu rapidement besoin d’énormément de Rien, et qu’on créa, pour répondre à la demande, des usines à fabriquer du Rien, des usines à fabriquer des usines à fabriquer du Rien, et ainsi de suite (suivant le schéma d’évolution Ad-Hoc élaboré depuis des générations), des usines à fabriquer des usines à fabriquer des usines à fabriquer du Rien, en imposant des normes de fabrication, pour le bien-être de chacun.

A partir de ce jour, tout le monde, peu ou prou, se mit à remplir ses frigidaires et ses placards de Rien, enfin, de quelque chose. Et la vie continua son cours… J’ai dit peu ou prou car, comme on pouvait s’y attendre, un nombre infiniment restreint de réfractaires s'arquebouta contre le Rien, et refusa, même, de ne rien manger qui ne soit pas cultivé à peu près naturellement. Ces protestataires s'organisèrent entre eux, firent des débats, émirent des doutes, s’associèrent avec la ligue « Anti Rien dans mon Assiette » proclamèrent « la Terre Native », devinrent « Tiers Mondialistes »  et enfin, ce qui n’arrangea pas leurs affaires, contredirent l’idée du « Tout ou Rien » normalement acceptée par tous. Allant jusqu’à se demander si les Ad-Hoc, dans leur ensemble, n’y comprenaient pas rien à rien ?

A ces conservateurs irresponsables, on répondit qu’ils pouvaient bien consommer ce qu’ils voulaient. Que c’était pas la peine d’alarmer tout le monde avec leurs discours négatifs, et que – cas extrêmes, ils avaient qu’à aller se faire voir chez les Crad-Hoc ! D’ailleurs, on les y envoya à grands coups de pompes : non mais ! Cette opposition de principe, résolument rétrograde, prit pourtant des proportions inquiétantes, mais ne dura pas longtemps. Elle fut conspuée par tous les médias Ad-Hoc, qui considéraient la pensée majoritairement admise par la majorité, comme la meilleure. On incita toutefois les partisans de ces idéologies à aller manger ailleurs, si ça leur plaisait - les contraignant à s’exiler vers des contrées plus clémentes, parce qu’ils avaient des têtes qui ne revenaient à personne.

 

4) Boires.

 

Bref, revenons à notre récit. Rendue la principale civilisation mondiale consommatrice de Rien, la situation, chez les Ad-Hoc, devint telle que chaque administré, y compris le moins favorisé, se surprenait à engloutir des tonnes annuelles de produits manufacturés, fabriqués et emballées à partir de Rien. Finalement, les Ad-Hoc n’avaient pas trop le choix. D’ailleurs, pour préserver leur équilibre psychologique, ils organisaient des orgies de Rien entre amis, entre collègues de travail, en famille, devant l'ordinateur, en regardant des matchs de foot à la télé, ou, carrément, des films érotiques en cachette.

Dans les écoles, les jeunes suivaient des études de Rien et leurs professeurs, désespérément sceptiques, se plaignaient de ne rien pouvoir leur apprendre. Les employés travaillaient dans des usines à fabriquer du Rien ou dans des commerces, ou dans le domaine des services (dont on disait que, vu l’augmentation du nombre d’oisifs enrichis à rien faire, on y manquerait jamais de brasser l’air des autres.) Les Ad-Hoc remplissaient leur vie de rien qui, bien entendu, était chèrement payé.

Cette organisation si bien réfléchie, pouvait compter sur le travail qualifié des ouvriers du Rien, les « bons à rien ! » qu’on faisait suer pour presque rien - des contrôleurs du Rien « on a rien sans rien ! » qui, l’air de rien, contrôlaient la rapidité d’exécution - des contremaîtres du Rien « rien n’est acquis ! » qui vérifiaient la valeur du Rien fini - des ingénieurs du Rien « une vache entre dans un trou, sauf la queue : pourquoi ? » qui réajustaient les machines à Rien - et, en fin de course, sur les patrons d’usines à Rien qui, grâce aux incalculables profits que rapportaient leurs trafics, se construisaient des usines à fabriquer des usines qui fabriquaient des cigares, qu’ils appréciaient tant.

 

5) Déboires.

 

Et tout le monde grossissait ! Non pas qu’on mangeait plus, puisqu’on ne mangeait rien. Ni qu’on devenait robuste, au contraire, on s’affaiblissait. Non. On avait mal au ventre, c’était l’estomac : Gonflés comme des baudruches, à mesure qu’ils avalaient du Rien, les estomacs des Ad-Hoc devenaient aussi gros que les Ad-Hoc eux-mêmes. Si pas plus. Arithmétiquement, certain d’entre eux explosaient. Les Ad-Hoc grossissaient, sans qu’aucune médecine ne puisse y remédier et, faute de nourriture appropriée, leurs capacités s’amenuisaient. Les ouvriers travaillaient moins, gênés par leur obésité, et il fallait plus de contrôleurs pour les contrôler. En plus, ils réclamaient d’être mieux payés, surtout en périodes électorales, pour pouvoir consommer du Rien sans avoir à se serrer la ceinture. Il fallait donc fabriquer plus de Rien. Du Rien mieux affiné, mieux emballé. Et le vendre plus cher pour en tirer des bénéfices, afin d’augmenter le niveau de vie des patrons, qui ne juraient que par le « Caca Rente», qui édictait des règles de vie pour tout le monde, en prétendant des choses mensongères, comme :

« … La production de Rien, grâce aux dividendes que les trésoriers distribuent aux employés, engendre la consommation de Rien, qui génère un intérêt, qui, sous certaines conditions difficilement explicables au grand public, s’il est adéquatement dépensé par les décideurs autorisés, dans un circuit économiquement mondialisé (c’est à dire délesté des vilaines contraintes culturelles locales), sous le strict contrôle libéral exercé par les personnes de référence, engendre lui-même (le bénéfice) des capitaux, qui eux, par l’action purificatrice de la spéculation financière, contribuent à la croissance globale. Croissance qui, suivant loi du sabre invisible d’Obi Wan Ken Obi, favorise l’amabilité « du marché » qui lui, s’il est vraiment gentil, doit entraîner la fin des inégalités, la fin de la faim dans le monde, la fin de la misère - et apporter la preuve par neuf que l’exploitation du Ad-Hoc par le Ad-Hoc n’est pas une fatalité, ni un dogme hérité de l'interprétation, pas drôle, des luttes d'un autre siècle. »

 

6) Tragédie.

 

 

Du coup les patrons n’avaient plus vraiment le goût à la fête. Ils tiraient même des têtes d’enterrement. Pas parce que leurs ouvriers étaient des incapables. Ni parce qu’ils se mettaient trop souvent en grève... En vérité, ça les arrangeait. Ils justifiaient, de cette manière, des délocalisations massives d’usines dans les pays Crad-Hoc sous développés, et de l’exploitation éhontée qu’ils faisaient de leurs ressources et de leurs peuples.

Non ! Les patrons, pour tout vous avouer, étaient incurablement accablés par la mort prématurée du professeur Meinelieben Applepie, l’irremplaçable inventeur de la première machine à transformer le Rien en quelque chose.

Le professeur ne s’était, en fait, jamais remis de son indigestion d’huîtres bien réelles et, ayant avalé un coquillage peu recommandable, puis trop bu, avait péri dans d’atroces souffrances. Il aurait mieux fait d’inventer une machine à guérir les intoxications alimentaires, mais comme le prétend le célèbre dicton : on ne peut pas penser à tout !

Il était mort, donc, refroidi, ce qui ne facilitait pas l’affaire des patrons, car c’était l’unique docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, et que, vu la difficulté pour trouver des étudiants capables de tenir plus de quinze ans, sans rémunération, on n’avait formé personne pour assurer sa relève (sauf le professeur Mac Elbelhom, qu’un concours de circonstances avait envoyé se faire voir sous les auspices peu accueillantes des traîtres Crad-Hoc - et qui s’y sentait plutôt bien). Personne, donc, pour continuer d’inventer des nouvelles machines susceptibles de doper l’économie et de fabriquer, entre autres, des meilleures machines à fabriquer des meilleurs cigares, qu’ils aimaient tant fumer, les patrons, polluant incontestablement l’atmosphère du globe…

Ils polluaient, certes, mais vous en conviendrez, intensivement moins que les cheminés des usines à transformer le Rien en quelque chose, qui crachaient, jour et nuit, des fumées chimiques noires. C’était bien beau de fabriquer à tout va ! Qui pensait à protéger la nature pendant ce temps là ? Les poubelles des industries du Rien étaient de plus en plus difficiles à dissimuler, elles encombraient les cours, les rues, les rivières. On ne pouvait plus marcher sans trébucher sur un objet cassé, résidu des chaînes de montage; ou sans ramasser un papier gras jeté par un gamin en surpoids. On ne pouvait plus se baigner sans choper une maladie nouvelle. Certains ne sortaient pas de chez eux sans nouer un masque autour de leurs narines, pour se protéger des ravages que l’atmosphère provoquait sur leur appareil respiratoire. On ne savait absolument pas quoi faire des déchets, hautement toxiques, des usines à Rien, qu’on étendait à l’air libre chez les autres, ou qu’on enfouissait dans nos mines désaffectées, en attendant de trouver mieux. Car il fallait bien les déverser quelque part, ces maudits produits. Le pays était devenu une vraie décharge. Et les autres pays aussi. De toutes façons, les Ad-Hoc avaient l’habitude, depuis des lustres, de balancer leurs eaux usées et leurs vieux gadgets au-delà des frontières du pays Crad-Hoc, sans se demander ce qu'ils pourraient bien en faire, ni comment ils pourraient les traiter, à leur place. Cette situation ne pouvait plus durer.

C’est pourquoi, malgré l’ingérable multiplication des cas d’obésité infantile, le déficit croissant du système de recouvrement des soins, la jeunesse désorientée, l’accumulation des réfugiés Crad-Hoc aux portes des cités, la pollution, qui commençait à changer le climat planétaire, la raréfaction des sources de Rien… Malgré tout ça. Le réel dilemme que nous ne pouvions régler par la voie de la négociation, résidait, insoluble, dans le départ, anticipé, du regretté professeur Meinelieben Applepie, décédé, enterré. La civilisation était en deuil. Quelles raisons avaient encore les patrons d’espérer des jours meilleurs ?

 

7) Moralité.

 

Dépités et bougons, ces derniers continuèrent de produire toujours plus, dans l’unique but d’accumuler du profit, et ce, en le partageant de moins en moins.

 

8) Epilogue.

 

L’exil du docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, le professeur Mac Elbelhom, fut la conséquence, comme nous l’avons évoqué plus tôt, d’un affreux concours de circonstances. La mort inopinée, et douloureuse, du professeur Meinelieben Applepie, ayant immédiatement plongé les patrons dans des abîmes de perplexité, ceux-ci mirent pour tout en œuvre pour s’attirer les services de n'importe quel savant en exercice, compétent en technologies poly-variées, et surtout en fabrication d’usines à cigares. Quitte à devoir le trouver ailleurs, en pays étranger, et à l'importer. Pour cela, ils firent appel au dynamisme d’un ambitieux représentant de commerce, qu’ils firent élire à la présidence de leur pays, le temps de mener cette mission à terme, et de tenir le bon peuple, à l’écart des complications dont ils étaient victimes. Le professeur Mac Elbelhom, dans sa discrétion, un peu fanée, de chercheur d’un autre temps, était passé inaperçu : à la trappe.

Ils firent donc élire, nos patrons (ce qui fut assez facile, vu qu’ils contrôlaient la quasi-totalité des réseaux d’information Ad-Hoc), l’un des plus petits président de leur histoire. Petit, tout petit… mais rapide. Et dévolu à la cause. Qui n’avait qu’un seul défaut : il ne parlait que de lui. Mais vu la vitesse à laquelle il se déplaçait à travers la planète, pour rechercher la perle rare, on lui pardonnait tout. Même les lois très, très, très populistes qu’il égrainait comme des chapelets derrière lui, et qui traitaient du renvoi, sans autre forme d’humanité, des traîtres Crad-Hoc chez-eux.

Malheureusement pour le pays, le professeur Mac Elbelhom s’était fait, inopinément, rappeler sa situation de résident non désiré sur le territoire Ad-Hoc, lors d’un contrôle d’identité, et avait, par la suite (après quelques jours éprouvants de vie en collectivité) pris l’avion, s’en retournant vers sa région natale.

La suite dira qu’il eu tout de même la chance de dénicher un petit boulot, moins bien rémunéré que l’ancien, mais à la mesure de son savoir, auprès du général des armées Crad-Hoc, qui se fit un plaisir de l’accueillir, avec les honneurs qu’on doit, à un type si potentiellement capable de vous affranchir de la contrainte, d’un voisin parfois trop envahissant. Mais ça … c’est une autre histoire.

 


Mardi 5 février 2008

 

Aujourd’hui est un grand jour pour Cockpit. Sa vie n’a pas souvent été aussi heureuse. On l’a régulièrement raillé, humilié. Je dis on, je parle évidemment des gens du village, de son village : une minuscule bourgade juchée à flanc de colline, perchée en haute montagne, à des kilomètres de la civilisation. Avez-vous déjà vécu dans ces hameaux désolés, plaintifs ? Dans ces réduits de pierres calcaires ? Près de ces fermes d’un autre temps, volontairement cachées dans l’ombre des rochers, dans les recoins tortueux des gorges de montagne les plus difficiles d’accès ? Vous êtes vous levés, puis couché, tous vos jours, toutes vos nuits, en compagnie des mêmes gens, dans les culs de sac qui parsèment nos campagnes désertes ?

La vie au grand air, me direz-vous, a le goût et l’énergie d’un concentré de joies sereines, de plaisirs innocents, de manifestations quotidiennes de bonheurs simples, beaux, sauvages, qu’un seul regard de citadin, même fuyant, suffit à flétrir. D’ici, je vous entends louer la nature saine, la nourriture vraie, les paysages grandioses, les fleurs, la rosée du matin, le ciel immensément rempli d’étoiles, les odeurs, le vent. Et vous avez raison : entrevoir la campagne, c’est comme s’emparer d’un bout du paradis, ça vous remplit d’espoir et d’humilité. Cependant, je ne saurai planter ce décor idyllique, sans vous entretenir des  infirmités dont souffrait Cockpit, celles-là même qui allaient lui gâcher son existence entière, jusqu’à ce jour béni que j’entreprends de décrire.

Cockpit fut adopté à l’âge de trois ans, par un de ces couples fermiers, rudes et suffisants - qui étouffent la velléité sous le poids de la tradition, et laissent crouler toute nouveauté sous celui de la méfiance - adopté donc, pour pallier à un manque de progéniture légitime, et garantir la croissance d'une de ces jeunes pousses mâles, qui fait notre descendance, et qui  nous aide à s’occuper des champs et de la bergerie, dont l’entretient devient chaque année plus exigeant, à mesure qu’on vieillit...

 

Cockpit était malencontreusement né muet, et par-dessus tout, polonais, pauvre. Ses parents, des prolétaires qui avaient fui le joug du communisme, l’avaient délaissé à peine huit mois après avoir réussi leur « passage à l’ouest » comme on disait à l’époque. Huit mois passés à tenter vainement de s’adapter aux vicissitudes de notre société libre, gouvernée par l’image et l’argent. D’argent, bien entendu, ils n’en avaient pas eu. D’image, ils ne pouvaient donner que celle que nous renvoient les trop nombreux mendiants qu’on croise sur les trottoirs de toutes nos villes.

 

La séparation d’avec leur enfant avait été le point de départ d’un effroyable effondrement social et psychologique. Aucun d’entre eux ne s’en releva. Cockpit pensait d’ailleurs qu’ils étaient morts de chagrin - et c’était vrai, en quelque sorte. A moins que la misère ne les ait rattrapés avant. Il en gardait, tapis au fond de ses entrailles, le souvenir d’une douleur sourde, insaisissable, qu’il avait bien du mal à se représenter, au prix d’un insoutenable effort de mémoire, quand il se rappelait d’une vague impression de tendresse maternelle, d’un murmure, de fines boucles blondes caressant son visage de nouveau-né. Non, décidément, ses souvenirs ne s’appliquaient qu’à décrire sa vie de villageois : fermier et ignorant.

 

On dit que les enfants adoptés finissent toujours par ressembler à leurs faux parents. Qu’à force d’évoluer en leur compagnie, ils en reproduisent les traits, l’expression, le caractère, et qu’on finit par les confondre. Untel est le portrait craché de son père Il lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Mais son père n’est pas son réel géniteur. Il n’a jamais été que son éducateur. L’adaptation a fait le reste. Et personne ne se doute de la supercherie.

 

Si vous aviez croisé Cockpit, affublé d’une grossière chemise de bûcheron, dans le sac à patates qui lui servait de pantalon, vous l’auriez certainement pris pour un parfait cul terreux, un homme du terroir. Vous n’auriez pas dicerné, dans son regard lointain, la moindre trace de souffrance, d’une séparation qui le hantait depuis toujours.

 

Muet et polonais. C’était l’origine de ses ennuis. Ces handicaps le marquèrent comme deux sceaux, gravés sur sa peau. Les campagnards sont, de par là-haut, et pour beaucoup, incapables d’accepter la particularité de nos pairs moins fortunés. Et les enfants, quand ils grandissent loin du monde, sont souvent d’une cruauté implacable à l’encontre des faibles. En plaine, avec des parents un tant soit peu intégrés, les différences de Cockpit auraient pu s’avérer être ses atouts. La multiplicité des origines des gens qui s’y côtoient aurait effacé la singularité des siennes. On l’aurait orienté vers une école spéciale, pour les sourds et muets. Il aurait profité de son infirmité pour étudier plus longtemps que les autres, et devenir, qui sait, professeur…

 

Au lieu de cela, il avait toujours été confronté au rejet des siens, aux moqueries de ses camarades. Et il s’était beaucoup battu pour qu’on le reconnaisse. D’école ? Il n’avait connu que celle de sa commune, les déboires d’un enfant en mal de vivre, l’échec. En fin de compte, ses proches avaient finit par le trouver bien brave, à l’image de ses parents d’emprunt, dont il avait d’ailleurs épousé le métier, ne sachant rien faire de mieux.

 

Depuis leur décès, il y a trois hivers, il vivait à la manière d’un paysan journalier. La municipalité qui avait fait valoir son droit de préemption sur l’héritage de ses terres, pour les donner au groupement des chasseurs, l’avait proprement chassé de chez lui. L’argent qu‘il avait tiré de cette vente forcée était dépensé depuis longtemps. Aussi survivait-il de mille boulots ingrats, qu’il acceptait de pratiquer, contre un peu de monnaie et plein de remontrances.

 

Mais aujourd’hui, tout allait changer ! Drapé d'un resplendissant costume bleu ciel, chaussé avec des souliers de marque italienne, coiffé à grands frais, il fonçait à toute allure, s’en revenant de la capitale, au volant d’une décapotable métallisée, qu’il venait juste de se payer, grâce à l’énorme chèque que la loterie nationale venait de signer, à son nom. Lui, le gagnant - pas du plus gros tirage de l’histoire du pays, mais de beaucoup quand même. Lui, qui ne possédait rien. On l’avait accueilli à Paris avec plus d’honneur qu’il n’en avait jamais connu de toute sa vie, de son ancienne vie. La chance avait tourné. Son existence était bouleversée.

 

Pour la première fois, l’interminable route qui le séparait de la ville la plus proche, ne lui apparaissait plus comme un alignement grossier de galets mal rangés, par je ne sais quelle divinité ayant un sens de l’humour douteux, qui l’empêchait par tous les moyens imaginables, de bénéficier, comme tout à chacun, des bienfaits de la civilisation. Quand il faisait les marchés, Cockpit aimait boire un verre au bistrot, jouer, s’acheter du tabac, flâner dans des parcs dont les arbres n’avaient, pour une fois, pas été taillés par lui - à force de son abnégation.

 

Cockpit s’en retournait léger dans son village, un rictus de contentement collé sur son visage, lui creusant même des fossettes inconnues. Son allure élégante n’aurait pas manqué d’attirer l’attention de quelques pulpeuses auto-stoppeuses, si elles s’étaient postées sur sa route. Il rentrait, le souffle du vent d’automne battant contre son crâne, l’haleine de la liberté s’incrustant dans sa bouche. Les autres l’attendaient, certainement pressés de profiter de la prodigalité de l’enfant du pays. Celui qu’on insultait. Celui qu’on accusait quand quelque chose manquait. Celui qu’on volait sans craindre de l’entendre crier à l’aide. Celui dont on se servait immanquablement pour effectuer les tâches ingrates, comme de refaire, tous les ans, à la machette et à la pioche, les rigoles d’évacuations d'eau du hameau, creusées dans la rocaille. Lui, Cockpit, surnommé ainsi à cause de son air simple : nouvellement riche.

 

Il se préparait intérieurement à écouter les conseils des anciens, qui l’entretiendraient de la gestion la mieux appropriée qu’il pourrait faire de ses biens. Il s’attendait à retrouver soudainement ses compagnons de classe, qui l’avaient laissé se morfondre dans son sort peu enviable. Peut-être devrait-il aussi repousser les avances des femmes en âge de se marier, qui ne l’avaient jamais convoité auparavant, soucieuses de l’aider à placer sa fortune de manière sûre, en famille. Ces perspectives assaillaient son esprit, comme autant de revanches qu’il pourrait bientôt s’offrir. Il appréciait donc, à leur juste valeur, les derniers kilomètres de route de montagne, qui le séparaient de chez lui, rêvant d’un avenir radieux, au volant de sa cylindrée rugissante.

 

A son arrivée, au dessus la rue principale du village, flottait une banderole, qui disait, en deux point : "repas offert par le conseil municipal, en l’honneur de Cockpit" sur la place du temple . Les vieillards, les maris, les femmes, les enfants et les chiens l’y attendaient, réunis, prêts à honorer le héros d’un jour, et à l'ambiancer comme il le méritait.

 

Si vous aviez été parmi les acteurs de ce public en noir et blanc, frappé, comme eux, par l’allure de félicité qui entourait notre homme, dévisageant le monde, saluant ses compères, tous méfiants, tous figés dans ces rues étroites, habituellement vides, si vous aviez pu l'observer, sur les sièges de sa décapotable, victorieux, ravissant... Car il était ravissant, et il souriait, Cockpit, et il souriait encore, tandis que les cotillons imaginés par lui pleuvaient sur la place, ruisselant sous les plis de sa veste de soie.

 

Et si vous aviez été, grâce à un improbable transfert de votre personnalité, dans les vêtements de Cockpit, derrière ses yeux, dans ses pensées, vous auriez compati aux raisons de son sourire, à l’ironie de son dessein. Cockpit, en effet, n’était revenu que pour savourer ce moment précis, cet instant béni, ou il leur signifirait, avec ses gestes maladroits, qu’il les quittait, tous, pour toujours, qu’il s’en allait loin d’eux et de leur campagnarde méchanceté, loin de leurs montagnes invivables et de leurs champs boueux. Et que, de sa joie retrouvée, c’est certain : il ne leur donnerait rien, pas un zloty !

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