MENU

Accueil
Derniers messages
Faites connaître ce blogue
Archives

UN BLOGUE DE

cnt0
cnt0

LIENS
les LIENS z'amis de MA TERRE A DEUX LUNES sont là
mes PLAYLIST à WAM, en inglès i frincès

CATÉGORIES
chanson
commerce
image
livre
nouvelle
politique
selma art
wam

o

ma terre a deux lunes - nouvelle


Lundi 10 novembre 2008

Dix bonnes raisons de ne jamais croire un hippie.

1/ D’abord, et essentiellement, parce que le hippie n’y comprend rien au punk. Le hippie veut changer la société, sans s'impliquer. Le punk aussi d’ailleurs, et c’est pas une raison... No future, les Sex Pistols, la Reine d’Angleterre, les prolos, le hippie n’en a cure. Le punk non plus d’ailleurs, mais ne mélangeons pas.

 

2/ Le hippie n’est ni un hardos, ni un goth.

 

D’un naturel moins combattif, négatif ou violent - et peut-être parce qu’il n’aime pas le noir - le hippie est gêné quand le discours porte sur l’exhumation des morts, le dernier album de Napalm Death, ou la suprématie des buveurs de Picon-bière sur le restant de l’humanité. Il partage toutefois certaines habitudes d’existence avec ces maniaques du Mad Max et du Hells Angel - comme l’usage immodéré de stupéfiants, les cheveux qui peignent la moquette, l’obligation de fuir quand un flic demande ses papiers – ou quand un rassemblement de jeunes à tendances antisociales commence à traiter sa reum. Celui-ci préfère, de toute évidence, le calme et la sérénité du dernier tube de Ravi Shankar, un joint, une bière et au lit. A la dure quoi…

 

3/ L'analogie le prouve : le hippie n’est pas révolutionnaire, ni adepte de contestation, d’ésotérisme ou de double Ricard. Tout au plus agite t-il ses dreads pouilleuses à la face de l’ordre établit, en lui tapant « une clope ou une feuille, man, ça peut toujours servir. Euh… t’as pas du… grand format ? ». Contrairement aux punks, aux hardos et aux goths, qui eux, conservent toute notre estime.*

 

*NA : L’auteur aimerait fréquenter moins d’anarchistes, afin de se sentir plus libre de donner son avis…

 

4/ Le hippie dénote en soirée.

 

Il n’a pas de style. Sapé dans l’armoire de ses grands parents ou à Emmaüs, le hippie se complet de velours verts et bruns, de chemises faites main par une communauté Sioux établie dans le Cantal, et d’accessoires revendiquant ostensiblement son pacifisme obsessionnel : Collier Mercedes, piercing de l’illumination tantrique 24 carats, pins du Che en ambre jaune, emblème de Kurt Cobain agonisant près d’une seringue (parce que, il faut pas déconner, le hippie est capable de reconnaitre le talent quand il est dénué d’arrière pensée…).

 

Le hippie superpose des couches de fibres informes, qui le grattent comme du poil urticant - et d’origines certifiées pour retenir l’odeur de la pipe, le doux fumet du compost d’ortie et la transpiration de ses bras. Ce qui, à contrario, le rend parfois attachant, ou pitoyable.

 

5/ Il plombe l’ambiance : « Chakras, haschisch, musique de foncedé, trucs d’artisan bio : le gars qui te fait l’effet d’un spot sur les dangers de l’alcool et de la drogue ensemble. En direct «  ouais… ouais, les jardins de Babylone, ouais… Ils étaient perchés, ouais… Toi t’es pas redescendu… C’était quand ta dernière prise ?... Elle s’est pas effondrée la tour de machin ?... Les mecs, on pourrait pas le pendre, juste une fois ?... Quelqu’un lui a dit qu’on a fait du punch là, ou il va me gaver toute la nuit ?… ouais… ouais… Les civilisations précolombiennes… blabla…».

 

6/ Le hippie a des croyances et des raisonnements débiles.

 

Tout y passe dans le désordre ! La lumière au bout du couloir. La mémoire de l’eau. Le tissage des laines de yack en Mongolie mineure. L’agriculture en appartement « qui sans me vanter, avec le savoir que l’observation m’a permis d’apercevoir, peut donner des résultats tout à fait… rentables… parfaitement, et naturels ! » Même quand tu remets son bordel en ordre, ça devient dur de te balancer sur du funk tranquille, dans un environnement « bon flow, bonne vibe » sans avoir envie de lui décoller « un coup dans ses b…… à ce bouseux avec ses sandales en cuir, son pain sec de merde et son lait crû du Larzac ! Laissez-moi… faut pas pousser … il gonfle tout le monde… je vais me le faire !».

 

(En plus, quand il est subsaharien, le hippie devient rasta, et là… Je passe)

 

Au fait, évitez les toasts au pâté, et les Mac Do. L’emmerdeur étant végétarien, il ne mange pas de sang ni d’OGM. Quoi ? C’est vachement marrant les OGM. L’autre jour j’ai fait un milkshake avec une fraise grosse comme une pomme. Et bleue. Et avec du saké transgénique phosphorescent et du caillé de chauve-souris mutante. C’était cool… **

 

**NA NA : José Bové, sors de ce corps !

 

7/ Le hippie est amour. Tout amour. Mais attention : pas le même que nous ! L’amour de Tout. L’amour du Tout ! Vous saisissez la beauté de l’exercice ? Moi non plus. N’empêche, j’ai une copine qui est sortie avec un hippie. Plutôt, elle est « entrée en amour ». Puis elle est ressortie en larmes. Bon elle était naïve, sans expérience, pucelle… Mais y’a pas qu'elle : imaginez toutes ces naïades et ces nymphettes innocentes, dont la quête du romantisme seventies s’arrêta ou commença celle du hippie « Moi ? Me marier ? Dans une grotte ? A poil ? En gobant des extas comme des hosties ? Avec des bagues en bois tressé ? A Goa ? Mais t’es malade ? ».

 

8/ Le hippie s’épanouit loin de la civilisation.

 

Vernissages, buffets libres, bars à putes, parcs publics, le hippie des villes nous renseigne peu sur son habitat premier. Et pour cause. C’est à la campagne qu’il nous faut chercher les reliques de cette euphorisante et pourtant fragile évolution des mœurs, que prônait le hippie dans sa brillante jeunesse : Lumière mystique, sexualité libre, débauche des sens, L.S.D : Lobotomie, Schizophrénie, Dépression. De l’espoir au slogan, du verbe à l’union, de la communauté de bien au divorce. Quand il n’y avait qu’un pas…***

 

***… Quand il n’y avait qu’un pas, qu’un seul chant, qu’une seule montagne, qu’un rocher et un buisson ardent… Non, ça c’était Moise - autant pour moi.

 

9/ Lorsqu’il fume de la merde, le hippie engraisse un mafieux qui fut hippie avant lui. Avant que ses dents ne moisissent et que ses longs cheveux ne tombent. Et qui, par un sens inné du buisines (ou pour se payer les soins d’un chirurgien ou pour remplir la piscine à mémé) sut flairer l’opportunité d’être le héraut d'une avant garde contre-culturelle, à forte valeur ajoutée. Quitte à devoir faire la sortie des écoles.

 

Le rythme effréné de renouvellement des leaders de ce milieu décadant, la mortalité précoce, les internements psychiatriques, nombreux et malchanceux, ont encouragé le hippie à recourir à des techniques d’empowerment et de management modernes, orientées vers l’avenir. Et oui, c’est triste. Mais comment ferait-on sans lui, pour fabriquer des usines en Chine ou en Roumanie ? Et pour donner du travail à toutes ces petites mains oubliées du capitalisme ?****

 

****NA NA NA : C’est mon seul argument de poids !

 

10/ Enfin, comme nous l’avons évoqué, le hippie vieillit mal.

 

Sont-ce les promenades bucoliques au bord des champs verdoyants du Rif, les galéjades entre amis pendant les ablutions rituelles du Gange, les pérégrinations, pieds nus, le long des frontières afghanes escarpées ? Le Vietnam ? En tout cas : devenir hippie, ça pardonne pas ! Les partouzes, les voyages, les drogues : ça abîme ! Ça attaque d’emblée les neurones, on le savait. Puis ça s’en prend au corps. On maigrit, on grossit. Selon qu’on est en pré ou en post cure. On devient con et maniaque, mais ça c’est normal, c’est l’âge. Ça nous menace tous. Et c’est justement là que, comme chez tout le monde, c'était pas prévu - ça poigne ce qu’on a de plus cher : ses sous. Autant dire sa conscience.

 

Dés cet instant le hippie devient yuppie. Et il vote décomplexé pour des gens qui, sans les citer, trouvent que ça sent mauvais chez les pauvres, que les banlieues ça pue, que les impôts ça craint - et que les autres ils ont qu’à fermer leurs gueules de misérables.  C’est pourquoi, et pour en revenir au titre de cet album punk indémodable des années 70… Never trust a hippie !******

 

*****Note de mon avocat : Evidemment, tout ce qui précède est une blague

 

Pour Inter Note, salut. Filou.

 

PS : J’en profite pour faire la promotion de ma future parution « Le crépuscule des sorcières » qui si tout se passe bien, sortira dès le siècle prochain aux Editions de l’Age d’Or « qu’est mort, mais qui reviendra encore, si on y pense très fort » (proverbe genevois).

 

 


Dimanche 17 février 2008

 

extrait traduit du grand livre des civilisations Ad-Hoc, ouvrage de référence pour quiconque.

 

1) Les Ad-Hoc.

 

Comme chacun sait, les Ad-Hoc étaient fascinés par les machines que leurs savants élaboraient, déployant d’insoupçonnables ressorts de créativité,  pour « le bien être de la société » (Car, si l’on s’en référait aux théories Ad-Hoc, le « bien être de la société » était assuré par la frénésie des investissements, qu’engendrait une croissance matérielle continue, qui employait et rémunérait les forces productives de la civilisation, et gageait de la capacité de chacun à consommer, en quantités requises, des nouveaux objets qu’étaient capables de produire des nouvelles machines, que les ingénieurs Ad-Hoc amélioraient sans cesse).

Ils construisaient, nos Ad-Hoc, depuis la nuit des temps, des machines de toutes les sortes, et de toutes les tailles, pour tous les usages répertoriés. Ils en construisaient d’immenses, qu’ils employaient à la réalisation d’ouvrages immenses. Ils en faisaient des moyennes, pour des usages moyens. Et aussi des plus petites, pour des usages plus petits - comme pour calculer des inéquations - ou pour coller des timbres - ou pour communiquer entre eux, à l’aide d’appareils miniaturisés, munis de touches étroites, qu’ils devaient retaper plusieurs fois, en raison de la grosseur exagérée de leurs doigts. Ils fabriquaient aussi des machines si minuscules qu’une puce, à côté d’elles, se serait trouvée géante. Et ils découvraient continuellement de nouveaux usages aux nouvelles machines qu’ils créaient. Ils poussaient cette implacable logique jusqu’à fabriquer des machines à fabriquer des machines, et des machines à fabriquer des machines qui fabriquaient des machines. Bref, de quoi occuper tout le monde, ou presque.

Je dis presque, parce qu’il était admis, dans les milieux bien-pensants Ad-Hoc, qu’un certain taux d’inactivité, de « chômage » comme ils l’appelaient, ne pouvait pas faire de mal à la société, et que, au contraire, cela fournissait à tout patron conscient de son rôle d’entrepreneur du monde libre, une main d’œuvre à pas cher, et que, en plus, ça donnait aux autres l’envie de travailler, pour pouvoir se moquer de ceux qu’ils qualifiaient de « chômeurs » (NA -d’accord, le mot n’est pas beau, mais c’est pas moi qui l’ai inventé).

(NA-NA – il est intéressant de rappeler que, pour assurer la cohérence de ce fonctionnement sociologique complexe, il s’avérait nécessaire d’y greffer une caste de « sous-chômeurs », qui avait pour mission de faire peur à tout le monde, pour que chacun trouve un avantage à rester à sa place. Ils se nommaient les « saints capables » ou les « sales coliques » selon la préférence étymologique de chacun, et touchaient « la location de Rémi », qui faisait travailler beaucoup de monde dans les domaines de l’administration, de la santé, et dans les organismes de gestion des dettes. Ils étaient rémunérés - très peu- en l’échange de leur silence, à propos de la supercherie.)

 

2) Le Professeur Meinelieben Applepie.

 

Un jour qu’il travaillait à l’élaboration d’une nouvelle machine, dont il n’avait pas encore établi l’usage définitif, l’éminent docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, le professeur Meinelieben Applepie, dérobé du regard cupide des traîtres Crad-Hoc (…vous ai-je parlé des Crad-Hoc ? Ce peuple sale et demeuré qui vivait en dehors des frontières Ad-Hoc, et qui lui envoyait ses pauvres, pour voler le travail des honnêtes gens, dévoyer les bonnes mœurs, et espionner les connaissances, sans verser un iota de dividende au titre des droits de la propriété ?…non ?) Donc, notre éminent docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, le professeur Meinelieben Applepie, issu d’une génération de chercheurs calés sur tout (comme on n’en fait plus) inventa, un soir, par un hasard essentiellement fortuit, tenez-vous bien, une machine à transformer le Rien en quelque chose ! Quelque chose de solide, de consistant, de palpable, et même, de plutôt bon.

L’anecdote raconte que le génial professeur Meinelieben Applepie, ce soir là (n’ayant décidément pas apprécié la valeur de sa découverte ô combien historique - et parce qu’il était gêné par une indigestion d’huîtres ingurgitées vivantes, à l’occasion de l’anniversaire d’un collègue un peu moins éminent mais également savant, bien qu’étranger, le professeur Mac Elbelhom), alla tout bonnement se coucher, non sans avoir pris soin de transformer un peu de Rien en tisane dépurative, afin de digérer ces satanés mollusques. Il fallu attendre son réveil pour que notre professeur ait la révélation des prouesses technologiques dont sa machine était capable. Machine qui, n’en doutons pas, allait bientôt révolutionner les modes de vies des administrés Ad-Hoc.

En effet, le lendemain, n’ayant plus rien à se mettre sous la dent, il vint au cerveau surdéveloppé de notre éminence grise, taraudé par une douleur intestinale persistante, l’idée extraordinaire de prendre un peu de Rien et de le transformer en vin blanc, manière de s’attaquer au mal, par le mal ! Sitôt dit, sitôt fait : c’en était assez de démonstration pour justement (- et non sans tort) qualifier cette particulière mécanique d’invention du siècle ! Je vous laisse imaginer les applications multiples que nous ferions d’une pareille technologie, si nous la découvrions. On pourrait, par exemple, transformer du Rien en croissant à la cannelle, du Rien en salade - en poulet frite, en gâteau, en tout…

Très vite les publicités, les publications scientifiques, les journaux télévisés du vingt heures Ad-Hoc, firent grand bruit de l’invention du professeur, vantant les mérites de cette nouvelle nourriture providentielle, abondante, qui ne coûtait presque rien à produire, qui rapportait déjà beaucoup, et qui reléguerait les famines, et les autres calamités, au souvenir des anciens. Cette opinion était largement répandue au sein des milieux bien pensants de la société Ad-Hoc (milieux habituellement occupés à parfaire leur capacité discursive, devant un merveilleux verre de vin, crû bourgeois, en fumant un cigare) et dans leurs magazines de vulgarisation, déstinés au grand public.

 

3) Les empêcheurs de tourner en rond.

 

Les Ad-Hoc, suite à cette bouleversante découverte, se mirent, en très peu de temps, à réorganiser leur vie autour de ce Rien si providentiel, chamboulant au passage leurs habitudes nutritives. Cela devint si facile de transformer du Rien en quelque chose, qu’on eu rapidement besoin d’énormément de Rien, et qu’on créa, pour répondre à la demande, des usines à fabriquer du Rien, des usines à fabriquer des usines à fabriquer du Rien, et ainsi de suite (suivant le schéma d’évolution Ad-Hoc élaboré depuis des générations), des usines à fabriquer des usines à fabriquer des usines à fabriquer du Rien, en imposant des normes de fabrication, pour le bien-être de chacun.

A partir de ce jour, tout le monde, peu ou prou, se mit à remplir ses frigidaires et ses placards de Rien, enfin, de quelque chose. Et la vie continua son cours… J’ai dit peu ou prou car, comme on pouvait s’y attendre, un nombre infiniment restreint de réfractaires s'arquebouta contre le Rien, et refusa, même, de ne rien manger qui ne soit pas cultivé à peu près naturellement. Ces protestataires s'organisèrent entre eux, firent des débats, émirent des doutes, s’associèrent avec la ligue « Anti Rien dans mon Assiette » proclamèrent « la Terre Native », devinrent « Tiers Mondialistes »  et enfin, ce qui n’arrangea pas leurs affaires, contredirent l’idée du « Tout ou Rien » normalement acceptée par tous. Allant jusqu’à se demander si les Ad-Hoc, dans leur ensemble, n’y comprenaient pas rien à rien ?

A ces conservateurs irresponsables, on répondit qu’ils pouvaient bien consommer ce qu’ils voulaient. Que c’était pas la peine d’alarmer tout le monde avec leurs discours négatifs, et que – cas extrêmes, ils avaient qu’à aller se faire voir chez les Crad-Hoc ! D’ailleurs, on les y envoya à grands coups de pompes : non mais ! Cette opposition de principe, résolument rétrograde, prit pourtant des proportions inquiétantes, mais ne dura pas longtemps. Elle fut conspuée par tous les médias Ad-Hoc, qui considéraient la pensée majoritairement admise par la majorité, comme la meilleure. On incita toutefois les partisans de ces idéologies à aller manger ailleurs, si ça leur plaisait - les contraignant à s’exiler vers des contrées plus clémentes, parce qu’ils avaient des têtes qui ne revenaient à personne.

 

4) Boires.

 

Bref, revenons à notre récit. Rendue la principale civilisation mondiale consommatrice de Rien, la situation, chez les Ad-Hoc, devint telle que chaque administré, y compris le moins favorisé, se surprenait à engloutir des tonnes annuelles de produits manufacturés, fabriqués et emballées à partir de Rien. Finalement, les Ad-Hoc n’avaient pas trop le choix. D’ailleurs, pour préserver leur équilibre psychologique, ils organisaient des orgies de Rien entre amis, entre collègues de travail, en famille, devant l'ordinateur, en regardant des matchs de foot à la télé, ou, carrément, des films érotiques en cachette.

Dans les écoles, les jeunes suivaient des études de Rien et leurs professeurs, désespérément sceptiques, se plaignaient de ne rien pouvoir leur apprendre. Les employés travaillaient dans des usines à fabriquer du Rien ou dans des commerces, ou dans le domaine des services (dont on disait que, vu l’augmentation du nombre d’oisifs enrichis à rien faire, on y manquerait jamais de brasser l’air des autres.) Les Ad-Hoc remplissaient leur vie de rien qui, bien entendu, était chèrement payé.

Cette organisation si bien réfléchie, pouvait compter sur le travail qualifié des ouvriers du Rien, les « bons à rien ! » qu’on faisait suer pour presque rien - des contrôleurs du Rien « on a rien sans rien ! » qui, l’air de rien, contrôlaient la rapidité d’exécution - des contremaîtres du Rien « rien n’est acquis ! » qui vérifiaient la valeur du Rien fini - des ingénieurs du Rien « une vache entre dans un trou, sauf la queue : pourquoi ? » qui réajustaient les machines à Rien - et, en fin de course, sur les patrons d’usines à Rien qui, grâce aux incalculables profits que rapportaient leurs trafics, se construisaient des usines à fabriquer des usines qui fabriquaient des cigares, qu’ils appréciaient tant.

 

5) Déboires.

 

Et tout le monde grossissait ! Non pas qu’on mangeait plus, puisqu’on ne mangeait rien. Ni qu’on devenait robuste, au contraire, on s’affaiblissait. Non. On avait mal au ventre, c’était l’estomac : Gonflés comme des baudruches, à mesure qu’ils avalaient du Rien, les estomacs des Ad-Hoc devenaient aussi gros que les Ad-Hoc eux-mêmes. Si pas plus. Arithmétiquement, certain d’entre eux explosaient. Les Ad-Hoc grossissaient, sans qu’aucune médecine ne puisse y remédier et, faute de nourriture appropriée, leurs capacités s’amenuisaient. Les ouvriers travaillaient moins, gênés par leur obésité, et il fallait plus de contrôleurs pour les contrôler. En plus, ils réclamaient d’être mieux payés, surtout en périodes électorales, pour pouvoir consommer du Rien sans avoir à se serrer la ceinture. Il fallait donc fabriquer plus de Rien. Du Rien mieux affiné, mieux emballé. Et le vendre plus cher pour en tirer des bénéfices, afin d’augmenter le niveau de vie des patrons, qui ne juraient que par le « Caca Rente», qui édictait des règles de vie pour tout le monde, en prétendant des choses mensongères, comme :

« … La production de Rien, grâce aux dividendes que les trésoriers distribuent aux employés, engendre la consommation de Rien, qui génère un intérêt, qui, sous certaines conditions difficilement explicables au grand public, s’il est adéquatement dépensé par les décideurs autorisés, dans un circuit économiquement mondialisé (c’est à dire délesté des vilaines contraintes culturelles locales), sous le strict contrôle libéral exercé par les personnes de référence, engendre lui-même (le bénéfice) des capitaux, qui eux, par l’action purificatrice de la spéculation financière, contribuent à la croissance globale. Croissance qui, suivant loi du sabre invisible d’Obi Wan Ken Obi, favorise l’amabilité « du marché » qui lui, s’il est vraiment gentil, doit entraîner la fin des inégalités, la fin de la faim dans le monde, la fin de la misère - et apporter la preuve par neuf que l’exploitation du Ad-Hoc par le Ad-Hoc n’est pas une fatalité, ni un dogme hérité de l'interprétation, pas drôle, des luttes d'un autre siècle. »

 

6) Tragédie.

 

 

Du coup les patrons n’avaient plus vraiment le goût à la fête. Ils tiraient même des têtes d’enterrement. Pas parce que leurs ouvriers étaient des incapables. Ni parce qu’ils se mettaient trop souvent en grève... En vérité, ça les arrangeait. Ils justifiaient, de cette manière, des délocalisations massives d’usines dans les pays Crad-Hoc sous développés, et de l’exploitation éhontée qu’ils faisaient de leurs ressources et de leurs peuples.

Non ! Les patrons, pour tout vous avouer, étaient incurablement accablés par la mort prématurée du professeur Meinelieben Applepie, l’irremplaçable inventeur de la première machine à transformer le Rien en quelque chose.

Le professeur ne s’était, en fait, jamais remis de son indigestion d’huîtres bien réelles et, ayant avalé un coquillage peu recommandable, puis trop bu, avait péri dans d’atroces souffrances. Il aurait mieux fait d’inventer une machine à guérir les intoxications alimentaires, mais comme le prétend le célèbre dicton : on ne peut pas penser à tout !

Il était mort, donc, refroidi, ce qui ne facilitait pas l’affaire des patrons, car c’était l’unique docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, et que, vu la difficulté pour trouver des étudiants capables de tenir plus de quinze ans, sans rémunération, on n’avait formé personne pour assurer sa relève (sauf le professeur Mac Elbelhom, qu’un concours de circonstances avait envoyé se faire voir sous les auspices peu accueillantes des traîtres Crad-Hoc - et qui s’y sentait plutôt bien). Personne, donc, pour continuer d’inventer des nouvelles machines susceptibles de doper l’économie et de fabriquer, entre autres, des meilleures machines à fabriquer des meilleurs cigares, qu’ils aimaient tant fumer, les patrons, polluant incontestablement l’atmosphère du globe…

Ils polluaient, certes, mais vous en conviendrez, intensivement moins que les cheminés des usines à transformer le Rien en quelque chose, qui crachaient, jour et nuit, des fumées chimiques noires. C’était bien beau de fabriquer à tout va ! Qui pensait à protéger la nature pendant ce temps là ? Les poubelles des industries du Rien étaient de plus en plus difficiles à dissimuler, elles encombraient les cours, les rues, les rivières. On ne pouvait plus marcher sans trébucher sur un objet cassé, résidu des chaînes de montage; ou sans ramasser un papier gras jeté par un gamin en surpoids. On ne pouvait plus se baigner sans choper une maladie nouvelle. Certains ne sortaient pas de chez eux sans nouer un masque autour de leurs narines, pour se protéger des ravages que l’atmosphère provoquait sur leur appareil respiratoire. On ne savait absolument pas quoi faire des déchets, hautement toxiques, des usines à Rien, qu’on étendait à l’air libre chez les autres, ou qu’on enfouissait dans nos mines désaffectées, en attendant de trouver mieux. Car il fallait bien les déverser quelque part, ces maudits produits. Le pays était devenu une vraie décharge. Et les autres pays aussi. De toutes façons, les Ad-Hoc avaient l’habitude, depuis des lustres, de balancer leurs eaux usées et leurs vieux gadgets au-delà des frontières du pays Crad-Hoc, sans se demander ce qu'ils pourraient bien en faire, ni comment ils pourraient les traiter, à leur place. Cette situation ne pouvait plus durer.

C’est pourquoi, malgré l’ingérable multiplication des cas d’obésité infantile, le déficit croissant du système de recouvrement des soins, la jeunesse désorientée, l’accumulation des réfugiés Crad-Hoc aux portes des cités, la pollution, qui commençait à changer le climat planétaire, la raréfaction des sources de Rien… Malgré tout ça. Le réel dilemme que nous ne pouvions régler par la voie de la négociation, résidait, insoluble, dans le départ, anticipé, du regretté professeur Meinelieben Applepie, décédé, enterré. La civilisation était en deuil. Quelles raisons avaient encore les patrons d’espérer des jours meilleurs ?

 

7) Moralité.

 

Dépités et bougons, ces derniers continuèrent de produire toujours plus, dans l’unique but d’accumuler du profit, et ce, en le partageant de moins en moins.

 

8) Epilogue.

 

L’exil du docteur Es technologies poly variées Ad-Hoc, le professeur Mac Elbelhom, fut la conséquence, comme nous l’avons évoqué plus tôt, d’un affreux concours de circonstances. La mort inopinée, et douloureuse, du professeur Meinelieben Applepie, ayant immédiatement plongé les patrons dans des abîmes de perplexité, ceux-ci mirent pour tout en œuvre pour s’attirer les services de n'importe quel savant en exercice, compétent en technologies poly-variées, et surtout en fabrication d’usines à cigares. Quitte à devoir le trouver ailleurs, en pays étranger, et à l'importer. Pour cela, ils firent appel au dynamisme d’un ambitieux représentant de commerce, qu’ils firent élire à la présidence de leur pays, le temps de mener cette mission à terme, et de tenir le bon peuple, à l’écart des complications dont ils étaient victimes. Le professeur Mac Elbelhom, dans sa discrétion, un peu fanée, de chercheur d’un autre temps, était passé inaperçu : à la trappe.

Ils firent donc élire, nos patrons (ce qui fut assez facile, vu qu’ils contrôlaient la quasi-totalité des réseaux d’information Ad-Hoc), l’un des plus petits président de leur histoire. Petit, tout petit… mais rapide. Et dévolu à la cause. Qui n’avait qu’un seul défaut : il ne parlait que de lui. Mais vu la vitesse à laquelle il se déplaçait à travers la planète, pour rechercher la perle rare, on lui pardonnait tout. Même les lois très, très, très populistes qu’il égrainait comme des chapelets derrière lui, et qui traitaient du renvoi, sans autre forme d’humanité, des traîtres Crad-Hoc chez-eux.

Malheureusement pour le pays, le professeur Mac Elbelhom s’était fait, inopinément, rappeler sa situation de résident non désiré sur le territoire Ad-Hoc, lors d’un contrôle d’identité, et avait, par la suite (après quelques jours éprouvants de vie en collectivité) pris l’avion, s’en retournant vers sa région natale.

La suite dira qu’il eu tout de même la chance de dénicher un petit boulot, moins bien rémunéré que l’ancien, mais à la mesure de son savoir, auprès du général des armées Crad-Hoc, qui se fit un plaisir de l’accueillir, avec les honneurs qu’on doit, à un type si potentiellement capable de vous affranchir de la contrainte, d’un voisin parfois trop envahissant. Mais ça … c’est une autre histoire.

 


Mardi 5 février 2008

 

Aujourd’hui est un grand jour pour Cockpit. Sa vie n’a pas souvent été aussi heureuse. On l’a régulièrement raillé, humilié. Je dis on, je parle évidemment des gens du village, de son village : une minuscule bourgade juchée à flanc de colline, perchée en haute montagne, à des kilomètres de la civilisation. Avez-vous déjà vécu dans ces hameaux désolés, plaintifs ? Dans ces réduits de pierres calcaires ? Près de ces fermes d’un autre temps, volontairement cachées dans l’ombre des rochers, dans les recoins tortueux des gorges de montagne les plus difficiles d’accès ? Vous êtes vous levés, puis couché, tous vos jours, toutes vos nuits, en compagnie des mêmes gens, dans les culs de sac qui parsèment nos campagnes désertes ?

La vie au grand air, me direz-vous, a le goût et l’énergie d’un concentré de joies sereines, de plaisirs innocents, de manifestations quotidiennes de bonheurs simples, beaux, sauvages, qu’un seul regard de citadin, même fuyant, suffit à flétrir. D’ici, je vous entends louer la nature saine, la nourriture vraie, les paysages grandioses, les fleurs, la rosée du matin, le ciel immensément rempli d’étoiles, les odeurs, le vent. Et vous avez raison : entrevoir la campagne, c’est comme s’emparer d’un bout du paradis, ça vous remplit d’espoir et d’humilité. Cependant, je ne saurai planter ce décor idyllique, sans vous entretenir des  infirmités dont souffrait Cockpit, celles-là même qui allaient lui gâcher son existence entière, jusqu’à ce jour béni que j’entreprends de décrire.

Cockpit fut adopté à l’âge de trois ans, par un de ces couples fermiers, rudes et suffisants - qui étouffent la velléité sous le poids de la tradition, et laissent crouler toute nouveauté sous celui de la méfiance - adopté donc, pour pallier à un manque de progéniture légitime, et garantir la croissance d'une de ces jeunes pousses mâles, qui fait notre descendance, et qui  nous aide à s’occuper des champs et de la bergerie, dont l’entretient devient chaque année plus exigeant, à mesure qu’on vieillit...

 

Cockpit était malencontreusement né muet, et par-dessus tout, polonais, pauvre. Ses parents, des prolétaires qui avaient fui le joug du communisme, l’avaient délaissé à peine huit mois après avoir réussi leur « passage à l’ouest » comme on disait à l’époque. Huit mois passés à tenter vainement de s’adapter aux vicissitudes de notre société libre, gouvernée par l’image et l’argent. D’argent, bien entendu, ils n’en avaient pas eu. D’image, ils ne pouvaient donner que celle que nous renvoient les trop nombreux mendiants qu’on croise sur les trottoirs de toutes nos villes.

 

La séparation d’avec leur enfant avait été le point de départ d’un effroyable effondrement social et psychologique. Aucun d’entre eux ne s’en releva. Cockpit pensait d’ailleurs qu’ils étaient morts de chagrin - et c’était vrai, en quelque sorte. A moins que la misère ne les ait rattrapés avant. Il en gardait, tapis au fond de ses entrailles, le souvenir d’une douleur sourde, insaisissable, qu’il avait bien du mal à se représenter, au prix d’un insoutenable effort de mémoire, quand il se rappelait d’une vague impression de tendresse maternelle, d’un murmure, de fines boucles blondes caressant son visage de nouveau-né. Non, décidément, ses souvenirs ne s’appliquaient qu’à décrire sa vie de villageois : fermier et ignorant.

 

On dit que les enfants adoptés finissent toujours par ressembler à leurs faux parents. Qu’à force d’évoluer en leur compagnie, ils en reproduisent les traits, l’expression, le caractère, et qu’on finit par les confondre. Untel est le portrait craché de son père Il lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Mais son père n’est pas son réel géniteur. Il n’a jamais été que son éducateur. L’adaptation a fait le reste. Et personne ne se doute de la supercherie.

 

Si vous aviez croisé Cockpit, affublé d’une grossière chemise de bûcheron, dans le sac à patates qui lui servait de pantalon, vous l’auriez certainement pris pour un parfait cul terreux, un homme du terroir. Vous n’auriez pas dicerné, dans son regard lointain, la moindre trace de souffrance, d’une séparation qui le hantait depuis toujours.

 

Muet et polonais. C’était l’origine de ses ennuis. Ces handicaps le marquèrent comme deux sceaux, gravés sur sa peau. Les campagnards sont, de par là-haut, et pour beaucoup, incapables d’accepter la particularité de nos pairs moins fortunés. Et les enfants, quand ils grandissent loin du monde, sont souvent d’une cruauté implacable à l’encontre des faibles. En plaine, avec des parents un tant soit peu intégrés, les différences de Cockpit auraient pu s’avérer être ses atouts. La multiplicité des origines des gens qui s’y côtoient aurait effacé la singularité des siennes. On l’aurait orienté vers une école spéciale, pour les sourds et muets. Il aurait profité de son infirmité pour étudier plus longtemps que les autres, et devenir, qui sait, professeur…

 

Au lieu de cela, il avait toujours été confronté au rejet des siens, aux moqueries de ses camarades. Et il s’était beaucoup battu pour qu’on le reconnaisse. D’école ? Il n’avait connu que celle de sa commune, les déboires d’un enfant en mal de vivre, l’échec. En fin de compte, ses proches avaient finit par le trouver bien brave, à l’image de ses parents d’emprunt, dont il avait d’ailleurs épousé le métier, ne sachant rien faire de mieux.

 

Depuis leur décès, il y a trois hivers, il vivait à la manière d’un paysan journalier. La municipalité qui avait fait valoir son droit de préemption sur l’héritage de ses terres, pour les donner au groupement des chasseurs, l’avait proprement chassé de chez lui. L’argent qu‘il avait tiré de cette vente forcée était dépensé depuis longtemps. Aussi survivait-il de mille boulots ingrats, qu’il acceptait de pratiquer, contre un peu de monnaie et plein de remontrances.

 

Mais aujourd’hui, tout allait changer ! Drapé d'un resplendissant costume bleu ciel, chaussé avec des souliers de marque italienne, coiffé à grands frais, il fonçait à toute allure, s’en revenant de la capitale, au volant d’une décapotable métallisée, qu’il venait juste de se payer, grâce à l’énorme chèque que la loterie nationale venait de signer, à son nom. Lui, le gagnant - pas du plus gros tirage de l’histoire du pays, mais de beaucoup quand même. Lui, qui ne possédait rien. On l’avait accueilli à Paris avec plus d’honneur qu’il n’en avait jamais connu de toute sa vie, de son ancienne vie. La chance avait tourné. Son existence était bouleversée.

 

Pour la première fois, l’interminable route qui le séparait de la ville la plus proche, ne lui apparaissait plus comme un alignement grossier de galets mal rangés, par je ne sais quelle divinité ayant un sens de l’humour douteux, qui l’empêchait par tous les moyens imaginables, de bénéficier, comme tout à chacun, des bienfaits de la civilisation. Quand il faisait les marchés, Cockpit aimait boire un verre au bistrot, jouer, s’acheter du tabac, flâner dans des parcs dont les arbres n’avaient, pour une fois, pas été taillés par lui - à force de son abnégation.

 

Cockpit s’en retournait léger dans son village, un rictus de contentement collé sur son visage, lui creusant même des fossettes inconnues. Son allure élégante n’aurait pas manqué d’attirer l’attention de quelques pulpeuses auto-stoppeuses, si elles s’étaient postées sur sa route. Il rentrait, le souffle du vent d’automne battant contre son crâne, l’haleine de la liberté s’incrustant dans sa bouche. Les autres l’attendaient, certainement pressés de profiter de la prodigalité de l’enfant du pays. Celui qu’on insultait. Celui qu’on accusait quand quelque chose manquait. Celui qu’on volait sans craindre de l’entendre crier à l’aide. Celui dont on se servait immanquablement pour effectuer les tâches ingrates, comme de refaire, tous les ans, à la machette et à la pioche, les rigoles d’évacuations d'eau du hameau, creusées dans la rocaille. Lui, Cockpit, surnommé ainsi à cause de son air simple : nouvellement riche.

 

Il se préparait intérieurement à écouter les conseils des anciens, qui l’entretiendraient de la gestion la mieux appropriée qu’il pourrait faire de ses biens. Il s’attendait à retrouver soudainement ses compagnons de classe, qui l’avaient laissé se morfondre dans son sort peu enviable. Peut-être devrait-il aussi repousser les avances des femmes en âge de se marier, qui ne l’avaient jamais convoité auparavant, soucieuses de l’aider à placer sa fortune de manière sûre, en famille. Ces perspectives assaillaient son esprit, comme autant de revanches qu’il pourrait bientôt s’offrir. Il appréciait donc, à leur juste valeur, les derniers kilomètres de route de montagne, qui le séparaient de chez lui, rêvant d’un avenir radieux, au volant de sa cylindrée rugissante.

 

A son arrivée, au dessus la rue principale du village, flottait une banderole, qui disait, en deux point : "repas offert par le conseil municipal, en l’honneur de Cockpit" sur la place du temple . Les vieillards, les maris, les femmes, les enfants et les chiens l’y attendaient, réunis, prêts à honorer le héros d’un jour, et à l'ambiancer comme il le méritait.

 

Si vous aviez été parmi les acteurs de ce public en noir et blanc, frappé, comme eux, par l’allure de félicité qui entourait notre homme, dévisageant le monde, saluant ses compères, tous méfiants, tous figés dans ces rues étroites, habituellement vides, si vous aviez pu l'observer, sur les sièges de sa décapotable, victorieux, ravissant... Car il était ravissant, et il souriait, Cockpit, et il souriait encore, tandis que les cotillons imaginés par lui pleuvaient sur la place, ruisselant sous les plis de sa veste de soie.

 

Et si vous aviez été, grâce à un improbable transfert de votre personnalité, dans les vêtements de Cockpit, derrière ses yeux, dans ses pensées, vous auriez compati aux raisons de son sourire, à l’ironie de son dessein. Cockpit, en effet, n’était revenu que pour savourer ce moment précis, cet instant béni, ou il leur signifirait, avec ses gestes maladroits, qu’il les quittait, tous, pour toujours, qu’il s’en allait loin d’eux et de leur campagnarde méchanceté, loin de leurs montagnes invivables et de leurs champs boueux. Et que, de sa joie retrouvée, c’est certain : il ne leur donnerait rien, pas un zloty !

Un blogue Littérature/Poésie par Mon Blogue.com

o